Nous voici bientôt au mois de février. Le mois le plus court et le plus froid au Canada, le mois de l’histoire des personnes d’ascendance africaine. C’est en effet en 1995 que le mois de février est officiellement déclaré au Canada comme le mois de l’histoire des Noirs.
Ceci nous fait tourner vers l’Afrique, le continent source et berceau de l’humanité et des civilisations. Il y a huit ans, j’étais à Addis-Abeba, au Musée national d’Éthiopie. Je contemplais Lucy, considérée comme la grand-mère de l’humanité.
Mes pensées me ramenèrent alors à ma visite en Égypte, chez les Coptes, au monastère de Wadi El Natrun où la géographie et les moines témoignent du début du christianisme. Là, debout, des images, des questions se succédaient dans ma tête.
Colère et douceur se mélangeaient, me renvoyant à mes recherches en histoire, en théologie et sur la Bible, lorsque je préparais ma dissertation.
Ce regard en arrière provoque un choc en moi, le déni de l’Afrique et de son apport dans la marche de l’humanité. Il faut reconnaître que dans notre société actuelle, le racisme revient en force et se banalise.
C’est avec raison et certitude que nos communautés de foi ont beaucoup parlé dernièrement de l’antiracisme et ont opté pour être une Église antiraciste. Un courage monumental, une bataille titanesque et un leadership sans faille, face au déferlement de haine et de discrimination. L’hydre est sortie de son repaire.
Dans le racisme, l’humanité est la première agressée et systématiquement, l’Afrique et les Africains-es sont les principales victimes.
Il nous faut admettre que le racisme contre l’Afrique et les Africains-es est profondément enraciné dans notre théologie, dans l’histoire de l’Église chrétienne et notre spiritualité.
L’ostracisme et la marginalisation sont évidents dans une étude objective. Dans nos narratifs, combien d’entre nous sont informés que l’Église ancienne, avant d’être romaine, était d’abord africaine à l’origine.
Pensons aux théologiens fondateurs, Origène, Tertullien, Athanase, Augustin, Marc dont l’évangile porte le nom, à Pacôme, Moïse Le Noir, pour ne nommer que quelques-uns, sans oublier les mères de l’Église comme Monique… pensons au monachisme… je vous laisse le soin de poursuivre la liste.
Si nous nous en remettons aux Saintes Écritures, l’Afrique avant d’être une terre de servitude, était de prime abord une terre d’accueil et de refuge. Voyons Abraham et Sarah, Joseph, son père et la tribu de Jacob, Moïse, Jésus et sa famille, sans oublier l’Église d’Éthiopie et de Nubie.
Par ailleurs, lorsqu’on parle d’Égypte ancienne, des grandes pyramides et des civilisations, le narratif tend à minimiser voire oblitérer l’apport des pharaons noirs qui ont conduit la civilisation égyptienne au sommet de sa splendeur.
Avez-vous souvent entendu parler des pyramides de Nubie? Dois-je dire avec d’autres que le racisme est dans l’ADN du christianisme? Non! Toutefois, il est important de reconnaître et d’admettre en toute humilité que le racisme a gangrené le christianisme.
Notre Église, l’Église Unie du Canada, qui a décidé d’être une Église antiraciste, s’est engagée à se libérer de cette gangrène qui vicie nos relations et nos institutions. Continuons à boire à la source d’eau vive de la Vérité et de l’Évangile, de Jésus-Christ, réfugié en Afrique.
La célébration du mois de l’histoire des personnes d’ascendance africaine, la demande de pardon pour la participation de l’Église à l’esclavage et à la colonisation, signifie notre volonté en tant qu’Église Unie, d’aller de l’avant dans notre combat contre le racisme.
Dans ce combat, nous redécouvrons nos sources communes de l’humanité. Recadrons notre lecture, nos narratifs historiques et théologiques et conformons-nous à la vérité qui nous rend libres.
Notre second centenaire et la “Direction 2035” ne peuvent en faire l’économie, encore moins l’abstraction.
Ensemble, marchons vers et dans la lumière de l’Astre du matin.
