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La foi qui fait avancer

Pour panser la blessure profonde infligée par le racisme, il faudra recentrer les efforts, les budgets, les bâtiments et les discours sur la promotion de la vie pour tous

Rév. Daniel Addai Fobi et Rév. Jenni Leslie avec des membres de God’s Beloved Group et Kitchissippi United Church.

Au début comme à la fin du récit biblique, les Écritures professent une vérité aussi belle que dangereuse. Dans la Genèse, on peut lire : « Dieu créa l’être humain comme une image de lui-même; il le créa à l’image de Dieu, il les créa homme et femme » (Genèse 1,27 [NFC]).

Dans l’Apocalypse, on nous propose une vision de l’achèvement : « Alors je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre » (Apocalypse 21,1 [NFC]). Entre ces deux proclamations — la création et le renouveau — se déroule la longue et douloureuse histoire de l’humanité, qui se demande si elle croit vraiment ce que Dieu a dit au sujet de nos semblables.

Le racisme n’est pas à l’origine une politique, un débat ou un gros titre. Il ne naît pas dans les parlements ou les salles d’audience et ne commence pas non plus par des mots-clics ou des slogans.

Le racisme est avant tout une blessure. Il envahit le corps bien avant de s’inscrire dans la loi. Il imprègne la mémoire bien avant de se cristalliser en systèmes. Il se développe en silence bien avant de se transformer en violence. Le racisme, c’est ce qui se produit lorsqu’on enseigne à un enfant que le monde lui appartient, tandis qu’on apprend à un autre comment y survivre.

Dès le début, les Écritures s’opposent à toute tentative de classer les êtres humains selon leur valeur. La Genèse ne propose pas de hiérarchie des valeurs ni d’échelle de dignité. Elle nous accorde une sainteté commune.

Chaque être humain, chaque corps, chaque peau, chaque histoire est à l’image de Dieu. Pas une partie seulement. Pas la plupart. Pas seulement les personnes respectables, les personnes puissantes ou celles qui nous ressemblent. Fondamentalement, le racisme est le refus de croire que cette sainteté s’applique à tous et à toutes de la même façon.

Au sein de l’Église, le péché est souvent considéré comme quelque chose d’abstrait ou d’intime, quelque chose de spiritualisé que l’on a dissocié sans risque de la vie réelle.

Le racisme n’accepte pas cette distance. Il saigne. Il respire. Il fait vieillir les gens prématurément. Il se lit dans le regard fatigué des parents qui doivent apprendre à leurs enfants à se méfier plutôt qu’à être libres. Il transparaît dans les épaules tendues d’une personne qui entre dans une pièce en sachant déjà qu’on l’observe, qu’on l’évalue et qu’on la juge. Le racisme n’est pas que de la haine.

Le racisme, c’est l’épuisement. L’épuisement d’être en observation, de faire face à des questions et de devoir prouver son humanité, encore et encore.

Jésus n’a jamais utilisé le mot « racisme », mais il a néanmoins connu cette réalité. Il est né en territoire occupé, a grandi sous le joug d’un empire, était marqué par son accent et ses origines, et était jugé avant même d’ouvrir la bouche.

Lorsque Nathanaël a demandé : « Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth? », ce n’était pas de l’humour. C’était du mépris. C’était un préjugé déguisé en curiosité. Jésus savait ce que cela signifiait de venir d’un endroit que l’on jugeait déjà sans importance.

Le racisme consiste à déformer l’image de Dieu reflétée dans une autre personne. Il réduit la vie sacrée à un stéréotype, l’humanité dans toute sa complexité à une menace et le sentiment d’être aimé à la méfiance.

Une fois l’image de Dieu estompée, il devient plus facile de traiter les autres avec cruauté, le silence semble plus rassurant et l’indifférence devient acceptable. Le racisme ne nécessite pas une haine généralisée. Il suffit qu’un nombre suffisant de personnes détournent le regard.

L’Église doit reconnaître qu’elle a trop souvent détourné le regard. Nous avons prêché l’amour tout en profitant de l’exclusion.

Nous avons fait preuve de charité lorsque c’est plutôt la justice qui s’imposait. Nous avons demandé aux victimes d’être patientes au lieu d’exiger des personnes qui détiennent le pouvoir qu’elles changent. La repentance n’a rien à voir avec la honte. Elle consiste à changer de cap. Il s’agit de recentrer nos efforts, nos budgets, nos bâtiments et nos discours sur la vie.

À la Kitchissippi United Church et au sein de communautés comme celle de God’s Beloved, nous enseignons une vérité sacrée et contraignante.

L’inclusion n’est pas un slogan. C’est une pratique. Elle consiste à prendre chaque jour la décision concrète de voir l’image pleinement vivante de Dieu en chacune des personnes à qui l’on a fait comprendre, tantôt explicitement, tantôt subtilement, qu’elles n’ont pas leur place.

Dans la société d’aujourd’hui, le racisme s’exprime rarement ouvertement. Il est bien souvent subtil. Il se cache dans des microagressions, dans des questions comme « D’où viens-tu vraiment? » et dans des compliments teintés de surprise comme « Tu t’exprimes si bien ». Il se manifeste dans les idées préconçues concernant la sécurité, l’intelligence, le leadership ou la valeur.

On utilise le préfixe « micro » pour qualifier ces actes non pas parce qu’ils sont de petite ampleur, mais parce qu’ils se répètent. Ces gestes répétés blessent l’âme. Chacun de ces moments laisse une trace. Chacun d’entre eux transmet le même message. Vous êtes toujours à l’essai.

Jésus percevait toujours les blessures que les gens avaient appris à dissimuler. Le racisme ne fait pas seulement du mal aux personnes qui en sont victimes. Il altère également l’âme de celles qui en profitent. Il leur enseigne une fausse innocence, les éloigne de la souffrance, éteint leur compassion et leur murmure : « Ce n’est pas ton problème. »

L’Évangile rejette ce confort. « Si une partie du corps souffre, toutes les autres souffrent avec elle. » Lorsque la dignité d’un seul enfant de Dieu est bafouée, c’est toute la famille de Dieu qui s’en trouve affaiblie.

L’Église Unie proclame que Dieu est toujours en train de s’exprimer. Si tel est le cas, alors Dieu continue de perturber notre confort, de remettre en question les idées préconçues et d’appeler l’Église à écouter des voix qu’elle préférerait ignorer.

Dieu s’exprime à travers des histoires qui nous mettent mal à l’aise, à travers des larmes qui nous ralentissent et à travers une colère qui ne naît pas de la haine, mais de l’amour de la justice.

Les bonnes intentions à elles seules ne feront pas disparaître le racisme. Il faudra du courage, de la proximité et de la franchise, ce qui a un coût. L’amour n’est pas passif. L’amour détruit ce qui fait du mal. L’amour révèle la vérité, même lorsqu’elle brise des illusions auxquelles on tient.

En fin de compte, les Écritures ne proposent pas une échappatoire, mais un renouveau. « Je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre » n’est pas une promesse de remplacement, mais de rétablissement.

Dieu ne fait pas toutes choses nouvelles en ignorant les souffrances passées. Dieu fait toutes choses nouvelles en s’y plongeant. S’il y a des larmes dans l’Apocalypse, c’est parce qu’il y a eu des larmes sur terre. S’il y a une guérison, c’est parce qu’il y a eu une blessure. S’il y a restitution, c’est parce que quelque chose de précieux a été volé.

C’est pourquoi l’Église doit d’abord faire son deuil avant de se tourner vers l’espérance. Elle ne peut pas louer le ciel tout en refusant de guérir la terre sur laquelle elle marche.

La promesse d’une nouvelle création nous appelle à déconstruire l’ancienne, les systèmes qui oppriment, les silences qui protègent le pouvoir et les habitudes qui enseignent à certaines personnes la domination tandis que d’autres la subissent.

Le nouveau ciel et la nouvelle terre apparaissent là où la dignité est retrouvée, là où l’image de Dieu n’est plus remise en question et là où la justice est exercée plutôt que reportée. En attendant ce jour, les fidèles avancent, les larmes aux yeux, mais profondément déterminés, convaincus que Dieu est déjà en train de faire toutes choses nouvelles et refusant de ne rien faire pendant que le ciel attend un changement sur terre.

Telle est la foi qui fait avancer.

 

– Le pasteur Daniel Addai Fobi est le leader du groupe God’s Beloved à la Kitchissippi United Church d’Ottawa et un défenseur des droits des personnes bispirituelles et LGBTQIA+.

 

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