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Un voyage d’éveil à la situation des droits de la personne aux Philippines

 

| ARTICLES ET REPORTAGES |

|par Patricia Lisson |

 

Je voudrais partager avec vous une brève réflexion que le Conseil œcuménique des Églises (COE) m’a demandé d’écrire sur mon pèlerinage relatif aux droits de la personne aux Philippines, effectué en août 2019. Mon témoignage s’inscrit dans la foulée de l’engagement du conseil régional Nakonha : ka de l’Église Unie à soutenir les ministères aux Philippines.

Cette expérience m’a profondément touchée et conduite à prendre part à des actions concrètes pour la protection de la dignité humaine et des droits de la personne. Je vous invite à prendre connaissance des campagnes de sensibilisation en cours, incluant une pétition, à la fin de cet article

Rencontre au camp des réfugiés Lumads, sous l’égide du Conseil œcuménique des Églises et du Conseil national des Églises des Philippines. Photo : Coalition internationale pour les droits de la personne aux Philippines – Canada

 

 

Le COE en partenariat avec le Conseil national des Églises des Philippines (CNEP) a demandé à 14 participantes et participants – provenant du Canada, de l’Inde, de l’Indonésie, de Singapour, de la Corée du Sud, de la Suisse, de Taiwan, de la Thaïlande, du Royaume-Uni et des États-Unis –d’entreprendre une visite axée sur les droits de la personne, sous forme de pèlerinage aux Philippines, du 9 au 13 août 2019, pour écouter des témoignages de gens victimes d’abus, apprendre des intervenants terrain et témoigner au retour dans les pays et les Églises respectifs de l’escalade de la crise des droits de la personne dans le pays.

Selon les paroles du père franciscain Richard Rohr, du Center for Action and Contemplation, « la vie ne gravite pas autour de nous, mais nous faisons partie de la vie ». C’est pour moi le principe sous-jacent à un pèlerinage, que je vois comme un voyage qui nous pousse à la découverte et à un engagement pour vivre l’appel du prophète Michée : « Et ce que l’Éternel demande de toi, C’est que tu pratiques la justice, Que tu aimes la miséricorde, Et que tu marches humblement avec ton Dieu. » En bref, cela décrit la praxis d’une communauté compatissante et en action.

 

Du côté des réfugiés, malgré la menace

Le pèlerinage que j’ai effectué en août 2019 a eu lieu au camp des réfugiés Lumads, à Cagayan de Oro, dans le nord de Mindanao. Venant de la région de Kamansi, les Lumads font parties des populations autochtones des Philippines qui ont été chassées de leurs terres ancestrales par des individus et des entreprises à la recherche de métaux précieux et de minéraux.

Ce qui m’a le plus frappée au cours de ce pèlerinage, c’est la façon dont les membres du CNEP ont hardiment décidé de se ranger du côté des réfugiés, malgré la menace des représentants gouvernementaux qui les accusent de soutenir le terrorisme et l’insurrection communiste (un type de harcèlement appelé red-tagging en anglais), malgré la diffamation, la peur d’être vilipendés, de perdre des paroissiens, d’être rejetés par leur communauté de foi et même malgré les menaces de mort. Les membres du CNEP posent ces actions de résistance, d’écoute et de soutien pour venir en aide à ceux qui réclament la justice. Ce faisant, les membres du CNEP vivent en temps réel, ici et maintenant, l’appel de Dieu.

Le camp de réfugiés des Lumads est situé sur un terrain vague, sans installations publiques, à côté d’un modeste bâtiment d’une congrégation de l’Église unie du Christ aux Philippines (EUCP). Sur le terrain, il y a deux beaux arbres, un refuge sommaire sans eau courante et sans salle de bain. Ce complexe des plus humble est devenu le lieu d’accueil et l’assise d’une communauté d’hospitalité et de compassion. Alors que nous nous réunissions en cercle, les Datus (les chefs traditionnels de la communauté) ont parlé de la perte de terres ancestrales, de l’occupation militaire, de la loi martiale et du plan de développement économique gouvernemental axé sur l’écotourisme, l’exploitation minière et la construction d’une centrale géothermique sur leur domaine ancestral. Parmi les gens en cercle, j’ai remarqué un jeune couple assis sur le mur d’une maison, et quand j’ai regardé derrière eux, il m’est apparu évident que leur espace de vie était ce maigre rebord. Ce camp n’avait de toute évidence aucun espace personnel pour être en retrait des regards ou avoir un minimum d’intimité. Pourtant, dans le cercle que nous formions se trouvaient de jeunes femmes avec des bébés.

 

Une ténacité inspirante

Je me suis retrouvée à côté d’une d’elles, avec son bébé né dans le camp de réfugiés. Elle était assise, paisible, les yeux pétillants, faisant preuve de ténacité et de vitalité. Je me suis retournée pour admirer le bébé. Elle m’a tendu son enfant, son cadeau le plus précieux. J’ai été frappée et émue par la confiance et l’espoir créés par ce geste incroyable que de passer son enfant à une inconnue, une pasteure aux cheveux blancs de l’Église Unie du Canada. Maintenir les gestes d’ouverture et la confiance dans le contexte d’un camp de réfugiés est un immense défi. Pour moi, cette jeune femme est un triple symbole d’espoir, de résilience et de sagesse. Elle fait certainement et indubitablement partie de la vie!!

Sa ténacité et son énergie vitale ont éveillé en moi le sens du devoir, le désir d’agir concrètement. L’évêque San Francisco, notre hôte qui nous a accompagnés dans ce voyage, a elle aussi décidé d’agir selon sa foi, pour choisir la vie. Son exemple et sa force de caractère nous ont encouragés à porter l’histoire des Lumads, à en témoigner et à passer d’une foi passive à une foi active.

 

Dénoncer la criminalisation de la défense des droits de la personne

À mon retour au pays, bien évidemment je me suis mise au travail puisqu’il était de ma responsabilité d’intervenir auprès des représentants du gouvernement canadien pour que celui-ci soutienne auprès du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies (résolution n° 41/2) l’examen de la situation des droits de la personne aux Philippines. Par ailleurs, nous nous devons de demander au gouvernement canadien d’agir avec conviction pour la protection de la dignité humaine et des droits de la personne, et dans cette optique de cesser les ventes d’armes, de véhicules et d’hélicoptères militaires au gouvernement philippin. Notre tâche consiste également à inviter tous nos politiciens fédéraux, tous partis politiques confondus, à dénoncer la criminalisation, le red-tagging et la diffamation des défenseurs des droits de la personne, ainsi que l’assassinat d’avocats, de juges, de membres du clergé, d’agriculteurs et de membres des peuples autochtones aux Philippines.

 

***

Un an plus tard, ce pèlerinage au Philippines anime toujours en moi le désir de faire partie de la vie, même lorsqu’elle se déroule à l’autre bout du monde. « La vie ne gravite pas autour de nous, mais nous en faisons partie. » Je suis appelée à choisir la vie, je souhaite aider à créer une communauté compatissante éprise de justice et qui fait preuve d’hospitalité.

 

 

Vous voulez aussi agir de manière solidaire pour protéger les droits de la personne aux Philippines?

Voici quelques gestes à votre portée :

Consultez et diffusez l’information contenue dans le communiqué de presse de MiningWatch Canada et la Coalition internationale des droits de la personne aux Philippines (ICHRP-Canada) sur la situation des droits de la personne aux Philippines.

Informez-vous du contexte et des objectifs, et faites circuler l’invitation à signer la pétition parlementaire sur la détérioration de la situation des droits de la personne aux Philippines, l’exploitation minière et le rôle du Canada

Inscrivez-vous au webinaire relatif aux droits des peuples de la Cordillera aux Philippines qui aura lieu le 6 octobre 2020. Vous pourrez y entendre : Karen Bouchard, spécialiste des peuples de la Cordillera et des effets de l’exploitation minière sur les peuples autochtones; la pasteure Marie-Claude Manga, qui a participé à de nombreuses missions des droits de la personne aux Philippines; M. Alexis Brunelle-Duceppe, député du Bloc québécois et membre du Sous-comité des droits internationaux de la personne du Comité permanent des affaires étrangères et du développement international, au sujet de l’avancement des travaux pour rendre imputables les compagnies minières canadiennes opérant à l’étranger; et Virgile Joel Kamga, au sujet des violations des droits de la personne dans plusieurs pays en relation à l’exploitation minière.


 

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