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S’entendre sur la laïcité, entre le débat et le dialogue

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| par Suzanne Grenier |

 

L’annonce par la CAQ d’une politique interdisant le port de signes religieux par des personnes à l’emploi de l’État a déclenché une nouvelle vague de discorde, qui nous fait voir le meilleur et le pire. Comment contrer les discours haineux et l’ignorance, tout en s’interrogeant collectivement?

Comédiennes et participants au théâtre-forum Féministes et croyantes? Il était une fois des féministes, avec la troupe Mise au jeu. Écomusée du fier monde, 4 octobre 2018. Photos : Suzanne Grenier.

 

Plusieurs ont fait valoir que la première mesure annoncée par le nouveau gouvernement servait de diversion devant des problèmes plus cruciaux; le débat est néanmoins relancé dans l’espace public, et il en sera beaucoup question dans les prochains mois. Ce n’est pas qu’au Québec, au demeurant, qu’on discute de laïcité. Comment en parlera-t-on?

Et qui en parlera? Qui sera écouté? Voilà d’autres questions. Dimanche dernier, à Montréal, environ 3 000 personnes ont pris part à une manifestation contre le racisme et les mesures annoncées en matière de laïcité et d’immigration. Diverses voix ont alors dénoncé l’instrumentalisation des luttes féministes aux fins de politiques vues comme discriminatoires et xénophobes, en sens contraire de la justice et de l’inclusion sociale. La CAQ s’est fait rappeler qu’il y a un grand écart entre la majorité de sièges gagnés dans le système électoral actuel et un véritable consensus social.

Qui peut le mieux parler de l’expérience des femmes sinon les femmes elles-mêmes? Peut-on discuter des droits des femmes au regard des grandes religions sans écouter ce qu’ont à dire les féministes croyantes qui mettent en cause l’oppression patriarcale dans leurs traditions religieuses? La semaine dernière, à l’Écomusée du fier monde, un événement intitulé Féministes et croyantes? Il était une fois des féministes a offert cette possibilité. Sous la forme de théâtre-forum, l’exercice a aussi été une belle démonstration d’une méthode accessible pour discuter de situations antagoniques sans les esquiver, mais avec un recul qui permet de prendre conscience des lieux communs et des comportements impulsifs qui nuisent au dialogue.

La rencontre véritable entre les personnes apparaît comme l’une des clés du « vivre-ensemble ». C’est ce qu’essaie d’incarner depuis 2012 Maria’M, un groupe de dialogue formé de chrétiennes et de musulmanes de différentes dénominations qui ont à cœur l’égalité entre les hommes et les femmes au sein de leurs traditions religieuses respectives et dans la société. Angelika Piché, pasteure de l’Église Unie, fait partie de ce groupe et se réjouit de son cheminement : « Avec le temps, nous découvrons que nous avons beaucoup en commun. D’abord, nous sommes toutes femmes. Et nous sommes croyantes, dans une société qui est assez hésitante aujourd’hui à donner de la valeur à la religion. » Mentionnons que Maria’M a produit un guide et peut conseiller les personnes désireuses de démarrer une semblable initiative de dialogue féministe interreligieux.

Contrairement à ce que les opinions rapides laissent croire, les organisations religieuses ont largement contribué à faire avancer la vision d’une neutralité religieuse de l’État; d’une laïcité qui soit toutefois protectrice du pluralisme social – y compris religieux – et du respect des minorités.

À cet égard, il demeure éclairant de relire la Déclaration adoptée par le Consistoire Laurentien de l’Église Unie en 2013, au sujet du projet de Charte des valeurs québécoises.  L’instance protestante francophone affirmait notamment : « Nous croyons à une citoyenneté et à une culture publique commune ouvertes et inclusives, favorisant un vivre-ensemble riche et pluriel. Les personnes qui portent la kippa, le voile ou le turban sont aussi québécoises et dédiées à promouvoir une culture publique commune, harmonieuse et enrichissante que toutes les autres. L’identité québécoise ne dépend pas de la façon de s’habiller ou de l’appartenance à tel ou tel groupe religieux. »

Même s’il date de 15 ans, un document de réflexion du Centre justice et foi intitulé Débat sur la laïcité québécoise traite d’une manière encore très pertinente de la place des religions dans une société québécoise en évolution. Sous la plume d’Élisabeth Garant, cette réflexion encourage la délibération et, « sans croire qu’elles sont ni les meilleures ou les seules », propose quelques balises qui pourraient orienter l’expression religieuse dans l’espace public :

  • Que l’on révise les privilèges accordés à une religion dans les sphères de la vie publique québécoise, ainsi que les rapports inégaux qui persistent dans cette société à forte majorité chrétienne;
  • Que les religions acceptent d’entrer en dialogue avec la société moderne et entre elles, étant entendu que toutes les religions ont un travail à faire en ce sens;
  • Que les groupes religieux participent au bien commun, sur des terrains autres que les revendications liées à leur droit d’exister et à l’expression de leurs particularismes.

 

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