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Perspectives chrétiennes trans et non binaires

| ARTICLES ET REPORTAGES |
| par Suzanne Grenier |

 

 

Un webinaire présenté dans le cadre des programmes de formation à distance de l’Église Unie offre l’occasion d’entendre les témoignages de cinq personnes trans et non binaires au sujet de leur identité de genre et de la place de la foi dans leur vie.

Il y est question de transition et de coming out… étonnamment peut-être, pour ce qui est aussi de se révéler comme croyant.e.s!

 

En 2009, l’Église Unie du Canada confirmait la participation des personnes transgenres en son sein et encourageait toutes les paroisses de l’Église à les accueillir. En 2012, elle réitérait que l’identité de genre d’une personne ne devait aucunement l’empêcher d’être membre de l’Église ni d’y exercer un ministère. Comme pour les autres dimensions de son engagement à être une Église inclusive, la pleine inclusion des personnes trans et non binaires appelle une attention en continu, et aussi un dialogue avec les milieux qui n’ont pas une ouverture complète à cette réalité.

Animé par Jordan Sullivan, lui-même un homme trans travaillant au Bureau du Conseil général de l’Église Unie, le webinaire se propose de stimuler une conversation, tant avec les autres qu’avec soi-même : « Envisagez comment ces histoires peuvent toucher votre communauté de foi, le leadership dans votre milieu, ou votre travail comme pasteur.e. Comment elles peuvent vous encourager à réfléchir plus profondément à votre propre place au sein de la remarquable diversité que Dieu a créée. »

Les histoires personnelles que nous avons l’occasion d’entendre dans la vidéo de 90 minutes (en anglais) nous font découvrir une convergence – dans l’ensemble très positive – entre le cheminement de foi et le processus de transition touchant l’identité de genre : l’un et l’autre semblent se renforcer pour favoriser une acceptation de soi profonde et un amour capable de rayonner.

Depuis 15 ans, Dixon Challoner, un homme trans, est éducateur communautaire et défenseur des droits pour des organisations LGBTQ+. Pour lui, la foi fait partie du bien-être intégral de la personne, et il ne conçoit pas qu’une Église empêche des gens de chercher cette plénitude : « Une partie de mon engagement est d’essayer d’ouvrir plus d’espaces où d’autres personnes pourront être en mesure de dire leur vérité. J’essaie d’inviter ma propre pensée à être présente dans la communauté de foi dont je fais partie. Quand nous parlons de marginalisation, nous cherchons à ne pas tomber dans des dichotomies binaires, à réaliser que “eux”, c’est aussi “nous”, et vice versa, puis à construire des ponts. »

Bailey Eastwood étudie au Séminaire Uni, à Montréal, et se définit comme queer et non binaire. « Tout au long de ma transition, qui est assez récente, j’ai trouvé un soutien dans l’idée que Dieu sait qui je suis. Plusieurs personnes autour de moi mettent en doute ou ne comprennent pas ma réalité, ou essaient de s’y opposer. Mais Dieu sait qui je suis. » Sur cette base Bailey trouve activement sa place dans le monde : « Je suis résolument trans et résolument chrétien.ne. Résolument trans dans les espaces chrétiens et résolument chrétien.ne dans les espaces trans et queers. Et je dirais que c’est cette dernière expérience qui est la plus difficile, car être chrétien.ne dans ces espaces, c’est weird. » À ce niveau encore, les deux dimensions se conjuguent : « Ma foi m’amène à être patient.e et aimant.e à l’égard des personnes en apprentissage par rapport aux questions trans. Moi-même je fais des efforts d’attention, pour respecter les pronoms et les noms par lesquels les personnes préfèrent qu’on les désigne. »

Lauren Kirkey, qui poursuit aussi des études professionnelles en théologie, commente ainsi son double cheminement : « La foi a toujours été au cœur de ce que je suis. Mais elle s’est approfondie depuis que je me suis réalisée en tant que femme trans. Mentalement, physiquement, émotionnellement et spirituellement, la transition est tout un parcours, qui m’a en fait rapprochée de Dieu. J’avais besoin d’une relation plus profonde, et de mon côté je me sentais beaucoup plus authentique. » Son engagement, Laura l’envisage surtout dans sa présence positive et constructive, par le partage d’histoires d’espoir dans les médias sociaux.

Shylo Rosborough a amorcé sa transition comme homme trans alors qu’il étudiait en théologie et en sociologie dans un milieu conservateur. Depuis, comme éducateur, il s’attache à contrer les oppressions religieuses et à créer des ponts entre la religion et la communauté LGBTQ2S+ : « J’ai voulu utiliser mon expérience et mes connaissances pour aider les gens à réaliser que les personnes trans ne sont pas des êtres défectueux, des erreurs. Notre propre perspective, notre propre expérience nous permettent d’approcher Dieu d’une manière que les personnes cis ne peuvent peut-être même pas imaginer. »

Lisa Salazar possède une maîtrise en leadership public et pastoral, et travaille dans le réseau de la santé en Colombie-Britannique. Elle a grandi dans une famille catholique très dévote, avant de s’intéresser, dans les années ‘70, au Jesus Movement. Le fait le plus saillant reliant son cheminement de foi et sa transition de genre est probablement l’abandon de l’approche évangélique qu’elle a longtemps fait sienne : « Ma foi a mûri, s’est peut-être épanouie… Je me reconnais entre autres dans les écrits de Dorothy Bay, qui voit une occasion de vivre une rencontre divine avec chaque personne qu’elle croise. Au lieu de chercher à convaincre les gens d’adopter la bonne formule, je me suis mise à simplement les écouter avec compassion, à être une présence aimante, à travers mes mots, mon langage corporel, mon expression faciale, de sorte que les personnes ne se sentent pas jugées. »

Y a-t-il des gestes concrets que l’Église Unie pourrait poser afin de favoriser l’inclusion et l’épanouissement de la foi des personnes trans et non binaires? Comment devenir des allié.e.s face à la transphobie qui conditionne encore les systèmes et les relations interpersonnelles? Nous y reviendrons dans une prochaine publication d’Aujourd’hui Credo.

 

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