L'Église Unie du Canada

Menu

Actualités

Litanie pour le 30e anniversaire des excuses de l’Église Unie aux peuples des Premières Nations

Des excuses à la réconciliation

 banner-website-infolettre-copy

Une litanie

Cette litanie, avec son historique, se réfère aux souvenirs du pasteur Stanley McKay, ancien modérateur, et à ceux d’autres personnes qui ont pris part aux toutes premières consultations nationales sur les ministères autochtones dans les années 1980. Cet historique s’efforce d’accorder, comme il se doit, toute la dignité aux personnes autochtones en les nommant par leurs noms et aspire à rendre compte, avec la plus grande précision possible, de ce qui est advenu. Toute erreur, omission ou maladresse dans l’expression est imputable aux seules limites de l’auteure, la pasteure Susan Beaver.

[N.B. Les réponses en caractères gras sont dites par tous les participants et les participantes.]

Dieu d’amour, nous sommes ton Église, à l’œuvre en faveur de ton amour, de ta justice et de ta paix dans le monde.

           Guide-nous par ton Saint-Esprit.

Tu nous donnes le commandement de l’amour et un maître à suivre pour ce faire.

           Guide-nous et édifie-nous durant notre marche à sa suite.

Nous, l’Église, n’avons pas toujours réalisé les façons dont nous avons manqué à ce commandement, les manières par lesquelles nous avons causé des souffrances spirituelles, politiques, économiques, culturelles, émotionnelles et physiques aux populations autochtones du Canada.

           Secoue notre torpeur et guide-nous vers l’avant, ensemble.

Les peuples autochtones font preuve de résilience, et tu leur demeures fidèle en leur accordant force et courage.

           Aide-nous à mettre en commun notre foi et notre force.

En 1980, les fidèles des charges pastorales autochtones de partout au Canada,
soutenus par l’ensemble de l’Église,
se sont rassemblés lors de consultations nationales,
pour partager leurs récits, s’organiser, déterminer leurs besoins,
trouver leur voix, et se mettre à l’écoute des Aînés, tels Gladys Taylor, Lavina Day, Jessie Saulteaux, Gordon Woods, Gordon Steinhauer, et Dora Benson.

           Nous rendons grâce pour les mouvements de ton Esprit dans ton peuple et ton Église.

Lors de la première consultation en 1980, à White Bear, en Saskatchewan,
les membres autochtones ont demandé aux personnes non autochtones de quitter la rencontre pendant un certain temps, car ils accaparaient la conversation et étouffaient les voix des personnes autochtones.

           Aide-nous maintenant à parler et à nous écouter les uns les autres de manière féconde.

Les personnes autochtones ont créé le Comité national des questions autochtones, dont les membres étaient Thelma Davis, Alberta Billy, Floyd Steinhauer, Gordon Berens, Murray Whetung, et Emily Oake; ils ont engagé Stan McKay à titre de coordonnateur national pour voir aux suivis des consultations entre les rencontres.

           Nous te rendons grâce, car tu as appelé des hommes et des femmes de foi et de bonté à servir ton Église.

Le Comité des questions autochtones s’est familiarisé avec les processus et les protocoles en vigueur dans l’Église, reposant principalement sur la rédaction de rapports, et le comité s’y est conformé.
En mars 1985, un rapport du comité déposé à l’Exécutif du Conseil général
recommandait plusieurs mesures importantes, dont la constitution
du Synode autochtone et la formation d’un leadership provenant des communautés des Premières Nations.

           Insuffle en nous ta vision, maintenant comme jadis.

Le comité a choisi Alberta Billy et Thelma Davis pour présenter son rapport à l’Exécutif. Au moment d’entrer dans la salle de la réunion,
Alberta s’est tournée vers Stan McKay et lui a dit : « Je pense que je vais leur demander des excuses. »

           Nous rendons grâce pour les prophètes que tu nous as envoyés et pour la détermination des femmes.

La demande d’Alberta était stupéfiante.
La présentation d’excuses n’était pas mentionnée dans le rapport.
Et elle n’avait jamais été discutée par le comité.
Ce besoin de recevoir des excuses habitait tout simplement son esprit et son cœur.
Stan lui a répondu : « Si c’est cela que tu dois faire, alors fais-le. »

           Continue, nous t’en prions, d’envoyer ton Saint-Esprit parmi nous, afin qu’il nous surprenne et nous oriente dans la direction de ta justice.

L’Exécutif, pris au dépourvu, a balbutié une réponse touffue.
Les membres autochtones ne savaient pas comment Alberta serait reçue, car sa demande était carrément irrecevable, n’apparaissant pas à l’ordre du jour. Pourtant l’Exécutif a été conduit à accueillir sa demande avec respect et a décidé de prendre le temps d’y répondre avec soin.

           Nous rendons grâce pour ton Esprit qui nous aiguillonne.

C’est ainsi que l’Église a constitué un groupe de travail, auquel ont participé Alberta et Stan, pour présenter cette demande au Conseil général de 1986 à Sudbury.
Ce groupe a rédigé des documents pour bien renseigner les gens de l’Église, même s’il se demandait si les gens s’en préoccuperaient ou les liraient. Ils ont ainsi vécu un an et demi dans les préparatifs et l’incertitude.

           Continue de nous accorder la persévérance au service de la justice et d’ouvrir nos cœurs pour suivre tes instigations.

Le Comité des questions autochtones a demandé au comité organisateur d’apporter un tambour pour le feu sacré, à Sudbury,
afin que les gens puissent danser et accueillir ensemble les excuses.

           Nous te rendons grâce pour le battement de la vie.

Les personnes autochtones étaient hésitantes. Certains se demandaient : « Et que ferons-nous s’il n’a y a pas d’excuses? » Les gens ne savaient pas s’ils seraient entendus. Mais les Aînés ont confirmé l’espérance en cette tâche qui pouvait ne pas aboutir en déclarant : « Peu importe, nous danserons. »

           Continue d’envoyer tes prophètes parmi nous, un encouragement ininterrompu.

En 1986, près de 80 personnes autochtones se sont rassemblées à Sudbury pour la Consultation nationale sur les ministères autochtones en marge du Conseil général. Les membres de la consultation se sont exprimés devant l’assemblée : « Nous demandons de telles excuses à l’Église. » Puis ils ont quitté la rencontre en invitant les délégués autochtones à les rejoindre autour du feu sacré, non loin de là.

           Nous demeurons en silence, notre seul soutien est en Toi, Dieu saint.

Les quatre-vingts participants et participantes à la consultation et une douzaine de personnes déléguées se sont retrouvés autour du feu sacré par cette journée nuageuse. Les Aînés anishnaabes Art Solomon et Jim Dumont ont alors partagé des enseignements puis ont conduit les gens dans la prière. À la tombée de la nuit, des personnes autochtones de communautés environnantes se sont jointes au cercle, doublant ainsi le nombre de gens qui attendaient. Nul ne savait ce que l’Église déciderait de faire. Cette attente était difficile.

           Quelle bénédiction que de voir le cercle s’agrandir et se consolider. Puisse-t-il continuer à s’élargir.

Les Aînés Edith Memnook, Murray Whetung, Stanley McKay père, Dora Benson, le pasteur Johnson Garrioch, Ph.D., et d’autres personnes attendaient dans un tipi, près du feu. Ils ont été appelés pour être les premiers à entendre la réponse du modérateur au nom de l’Église Unie du Canada.

           Il est difficile d’attendre et de vivre dans l’incertitude.
Accorde-nous la force, l’espérance et la patience, Aujourd’hui comme jadis.

La majeure partie du Conseil général a descendu la colline à la suite du modérateur pour se joindre aux gens qui étaient autour du feu sacré. Des centaines de personnes étaient maintenant rassemblées. Après que le modérateur ait rencontré les Aînés, il s’est approché du feu sacré, parmi tous les gens regroupés, puis il a prononcé ces paroles d’excuses :

           Bien avant que notre peuple arrive sur ces terres, votre peuple y vivait déjà. Vous teniez de vos anciens une connaissance riche et profonde de la création et du Mystère qui nous entoure, et cette connaissance était pour vous un trésor.

           Quand vous avez partagé votre compréhension du monde, nous avons fait la sourde oreille. Dans notre empressement à vous transmettre la bonne nouvelle de Jésus-Christ, nous sommes demeurés insensibles à la richesse de votre spiritualité.

           Nous n’avons pas su dissocier notre culture et nos mœurs occidentales de toute l’ampleur et la profondeur de l’Évangile du Christ.

           Nous vous avons imposé notre civilisation comme condition pour recevoir l’Évangile.

           En essayant de vous modeler à notre image, nous avons contribué à détruire la vision à l’origine de votre spécificité. De sorte qu’aujourd’hui, nous sommes plus pauvres les uns et les autres. Nous portons en nous une image trouble, déformée de notre Créateur et nous nous sommes éloignés de ce à quoi Dieu nous appelait.

           Nous demandons votre pardon. Marchons ensemble dans l’esprit du Christ afin que nos peuples soient bénis et que la création de Dieu puisse guérir.

Après avoir entendu ces excuses, les gens ont dansé. Un participant a déclaré qu’il avait dansé comme jamais auparavant. Il n’avait jamais osé espérer que l’Église présenterait des excuses. Ces excuses et cette danse ont réorienté toute l’Église dans une nouvelle direction sur les chemins de l’histoire. Alors que les gens dansaient, les nuages se sont dissipés, le ciel s’est dégagé et la lune a brillé. Comme si toute la création, de concert avec le Créateur, célébrait ce nouvel avènement.

           À toi toute gloire, Dieu très saint.

Le lendemain matin, les Aînés ont conseillé aux personnes autochtones de simplement prendre acte de la déclaration d’excuses, et de la rapporter chez eux pour que les gens puissent l’entendre et discerner ce que signifie vivre conformément à cette déclaration d’excuses, car la période qui débutait alors allait être exigeante.

           Dieu de sagesse et de grâce, continue de marcher avec nous.

En 1988, lors du 32e Conseil général à Victoria, l’Aînée Edith Memnook, une déléguée laïque du tout nouveau Synode autochtone, a présenté cette réponse aux excuses :

Les excuses aux peuples des Premières Nations du Canada, présentées par l’Église Unie du Canada à Sudbury en août 1986, ont marqué un progrès très important. Il est réconfortant de constater que l’Église Unie du Canada fait figure de précurseur en présentant ces excuses aux peuples des Premières Nations. Le Synode autochtone a maintenant reconnu vos excuses. Nos peuples ont continué d’honorer les enseignements du mode de vie autochtone. Nos valeurs et enseignements spirituels nous ont appris à respecter le Feu sacré, à être les gardiens de la Terre mère et à chercher à valoriser l’harmonie et la coexistence pacifique avec tous les peuples.

Nous vous demandons seulement de respecter notre Feu sacré, la Création et la coexistence paisible avec nous. Nous reconnaissons que des préjudices ont été causés et que les blessures vont demeurer vives parmi les nôtres, mais grâce aux liens de partenariat et aux efforts de collaboration, l’esprit indien finira par guérir. En misant sur l’amour, la compréhension et la sincérité, nous pouvons réaliser une communauté de frères et de sœurs, dans l’unité, la force et le respect.

Les peuples autochtones du Synode autochtone expriment le souhait et la prière « que les excuses ne soient pas un énoncé symbolique, mais bien l’affirmation sincère d’une intention d’agir ». Nous apprécions la liberté dont nous jouissons sur le plan de l’expression culturelle et religieuse. Dans le nouvel esprit créé par ces excuses, veillons à unir nos cœurs et nos esprits dans la plénitude de la vie que le Grand Esprit nous a donnée.

            Ouvre nos cœurs et nos esprits pour que nous accueillions ce message partagé avec amour et espérance.

Trente ans plus tard, nous attendons toujours de voir ce que signifient ces excuses.
Quel en a été l’impact? Les relations se sont-elles transformées? Comment avons-nous agi? Quelles guérisons sont encore inachevées? L’Église a fait bien des pas, mais beaucoup parmi nous se demandent toujours ce que signifient vraiment ces excuses.

           Nous n’y sommes pas encore parvenus — entre nous, tout n’est pas pardonné, tout n’a pas retrouvé son intégrité.
Grand Esprit, accorde-nous l’unité alors que nous poursuivons notre marche vers la justice, la réconciliation, la création de liens familiaux et la vie avec respect dans la création.

Paroles de grâce

Dieu, toi qui entends chacune de nos prières, valse avec nous à chaque pas de notre danse;

Toi qui connais chacune de nos pensées, murmure à notre cœur ces paroles :

Voici que moi je vais faire du neuf qui déjà bourgeonne! (Ésaïe 43,19 TOB)
Sachez-le, vous êtes pardonnés. Marchez dorénavant comme des personnes guéries et libres.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *