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L’Halloween, une greffe celte et païenne en terre québécoise

| RUPTURES ET FILIATIONS | HISTOIRE-GÉOGRAPHIE |

| Par Jean Loignon |


Ce texte fait partie de RUPTURES ET FILIATIONS, la démarche exploratoire entreprise par Aujourd’hui Credo en vue de retracer les migrations des symboles, des valeurs et des attitudes associés aux religions à travers les lignes de fracture du monde actuel.


 

Circuit de fêtes païennes, religieuses et laïques est une série de textes historiquement documentés sur le parcours parfois étonnant des rites et des symboles associés à des fêtes datant souvent d’avant le christianisme et que nous célébrons encore aujourd’hui tantôt en France, tantôt au Québec et aussi dans d’autres régions du monde.

 

À gauche, calendrier dit de Coligny présentant une inscription du mois gaulois SAMON. Au centre, commémoration de la mort des immigrants irlandais en 1849, à Grosse-Île. À droite, citrouille inspirée de la légende de Jack O’Lantern. En bas, fragment de Les précurseurs du Christ avec les saints et les martyrs (1423-1424), de Fra Anglico.

 

Tout Français venu admirer les couleurs flamboyantes de l’automne québécois et s’attardant en octobre ne peut qu’être frappé par l’importance de la fête d’Halloween au Québec, qui mobilise grands et petits dans une déferlante de décorations aussi macabres que réjouissantes. En France, la fête est connue comme une coutume américaine exotique et malgré les efforts des commerçants ou de cinémas programmant quelques films d’horreur, elle ne s’est jamais vraiment implantée. D’où vient donc cette différence en dépit de notre culture francophone commune et cette appropriation québécoise d’Halloween?

L’histoire de l’Halloween est celle d’une sédimentation religieuse et culturelle, complexifiée par des migrations humaines.

Au commencement était un culte rendu au dieu celte Samain, accompagné de rites visant à se concilier les défunts, sous fond d’angoisse liée au raccourcissement des jours, et cela à l’échelle du continent européen. Mais l’expansion de la culture romaine et du christianisme hostile aux rites païens éradiqua ce culte, dilué alors dans de vivaces coutumes et superstitions populaires. Au Moyen Âge, l’Église catholique les neutralisa en instituant le 1er novembre une fête de tous les saints, suivie le lendemain d’un jour dédié aux morts.

La position périphérique de l’Irlande en Europe avait permis une plus grande persistance de la culture celte, et c’est dans le folklore gaélique que se développa la légende de Jack O’Lantern. Ce sinistre personnage avait commis tant de péchés que l’accès au paradis lui était interdit; mais parce qu’il avait aussi par ruse trompé le diable, l’accès à l’enfer lui fut également refusé et il fut condamné à errer pour l’éternité, guidé par la flamme d’une lanterne creusée dans un navet. La veille de la Toussaint, soit en anglais All Hallows Even, d’où Halloween, une modeste offrande devant les maisons permettait d’éviter un sort funeste jeté par l’effrayant personnage.

L’histoire tragique de l’Irlande au 19e siècle jeta outre-mer des millions d’Irlandais qui transportèrent avec eux la légende de Jack O’Lantern. En Amérique, le navet céda la place à l’indigène citrouille, donnant une couleur orange définitive à l’Halloween. L’anglophonie commune entre États-Unis et Canada favorisa la diffusion de la fête, mais l’intégration via un catholicisme commun de nombreux Irlandais au Québec rendit populaire la fête sur les bords du Saint-Laurent. Sa position dans le calendrier permettait plus facilement le déguisement des enfants et leur tournée des maisons pour obtenir des bonbons qu’au Mardi-gras, au cœur du rude hiver canadien.

Et c’est ainsi qu’une survivance celte détient le rare privilège de rassembler les Canadiens, au-delà des leurs différences linguistiques et religieuses. Une façon pour Jack O’Lantern de racheter son âme noire?

Une réponse à

  1. Marie-Estelle de Lans-en-Vercors (Isère, France) says:

    C’est toujours un plaisir de te lire!

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