L'Église Unie du Canada

Menu

Les excuses n’étaient qu’une minuscule ouverture

| NUMÉRO HORS SÉRIE « VÉRITÉ ET RÉCONCILIATION : LES AUTOCHTONES ET L’ÉGLISE » |

| Par Kristine Greenaway |

 

L’année 2016 soulignait le 30e anniversaire des excuses présentées par l’ancien modérateur Robert Smith aux Aînés et Aînées autochtones pour les torts infligés aux populations autochtones par l’Église. Les Aînées et les Aînés autochtones de l’Église Unie du Canada se sont toutefois abstenus d’accepter ces excuses de la part de l’Église et attendent des preuves tangibles confirmant qu’elles ne sont pas uniquement des mots vides. Leur attente se poursuit.

Deux membres du Cercle des ministères autochtones, Gabrielle Lamouche et Susan Gabriel, toutes deux de Kahnawake, nous expliquent ce que les communautés francophones de l’Église peuvent faire pour donner une crédibilité et un sens aux excuses.

Gabrielle Lamouche intervenait auprès des personnes survivantes des pensionnats au moment où les excuses ont été présentées. « Une telle reconnaissance des torts causés était très importante pour certaines personnes, alors que pour d’autres, elles n’avaient aucune signification », dit-elle.

« Les excuses n’étaient qu’une minuscule ouverture en surface, déclare Susan Gabriel. Bon nombre d’entre nous n’y voyaient que des mots. »

En regardant la situation actuelle, Mme Gabriel considère que son pressentiment était fondé. « Nos communautés ne perçoivent pas beaucoup de changements dans la société ni au sein de l’Église. Il y a tellement de préjugés systémiques, et il est si facile de marginaliser quelqu’un au Québec et au Canada. »

Mme Lamouche souligne que la crise récurrente autour de l’appropriation du territoire en est un exemple. « Nous nous retrouvons encore une fois dans un litige territorial. Des promoteurs immobiliers empiètent sur les terres traditionnelles. Ils ont les mêmes attitudes qu’auparavant. »

Gabrielle Lamouche, qui occupe actuellement la fonction d’agente des communications pour le Conseil mohawk, rappelle que l’Église chrétienne est à la racine de ce problème. En 1721, les Sulpiciens (une société de prêtres catholiques) ont commencé à vendre des terres aux colons sans l’accord des Mohawks. Depuis cette époque, il y a une contestation quant à la propriété du territoire. Les membres de la communauté d’Oka ont de la difficulté à accepter des excuses de la part de chrétiens alors que c’est justement une Église qui est à l’origine de ce litige territorial interminable.

Mme Lamouche déclare que tant les Autochtones que les non-Autochtones doivent travailler à démanteler les comportements et les stéréotypes nuisibles. « La tolérance n’est qu’une formule superficielle dont on ne perçoit pas l’effet concret. »

Susan Gabriel évoque les manuels d’histoire utilisés dans les écoles du Québec comme une illustration de l’intolérance culturelle de la société coloniale. « Tout y est écrit dans une perspective francophone et l’apport des peuples autochtones est ignoré. » De plus, l’obligation pour les Mohawks de détenir un certificat autorisant la poursuite des études en anglais crée un profond malaise. « Si on veut parler de tolérance, on doit affirmer la légitimité de la culture mohawk au Québec », déclare-t-elle.

Alors, que peut faire l’Église? Mme Gabriel émet les suggestions suivantes:

  • Exercer des pressions pour que les manuels et les livres d’histoire soient écrits de manière à tenir compte des Autochtones au Québec.
  • Tenir des ateliers et des rencontres de planification en réponse aux recommandations de la Commission de vérité et réconciliation.
  • Valider les déclarations des femmes autochtones faites lors d’enquêtes sur la brutalité policière au Québec.

 

Une litanie rédigée en 2016 à l’occasion du 30e anniversaire de la Déclaration d’excuses de l’Église Unie aux peuples des Premières Nations fournit l’occasion aux membres de l’Église de prier et de réfléchir à l’agir auquel notre foi nous convie.

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *