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L’écothéologie, quand on se parle

| ARTICLE ET REPORTAGE |

| par Suzanne Grenier |

 

Le 29 février s’est tenue la conférence Il était une foi… écologique?, à la suite de l’invitation ouverte lancée la Table des ministères en français de l’Église Unie du Canada. Comme on l’espérait, les exposés se sont mutés en conversations.

L’événement a de nouveau montré que, de manière virtuelle ou en personne, il vaut la peine de se parler.

Et à bien des égards

 

 

Qui savait, par exemple, que Norman Lévesque, fondateur du Réseau des églises vertes, avait un réel talent de conteur et pouvait rendre captivante la vie de sainte Hildegarde, une religieuse bénédictine du XIIe siècle qui s’intéressait aux plantes médicinales? Et qu’il pouvait rendre vibrante d’actualité la rencontre entre saint François d’Assise et un loup féroce?

L’histoire qu’a relatée le pasteur Neil Whitehouse était plus près de nous, terre-à-terre, mais tout aussi intéressante : celle des multiples initiatives de l’Église Unie de Westmount Park pour intégrer l’amour du vivant. Aujourd’hui Credo projette un reportage sur ces gestes inspirés et inspirants, dont la conversion de l’un des transepts de l’église en niche écologique. Le pasteur a profité de l’occasion pour inviter les personnes présentes à se joindre à une action organisée par la Coalition Verte, le 14 mars, en vue d’interpeller le gouvernement en matière de protection de l’environnement : c’est ainsi, entre autres, que se créent des réseaux. Le conférencier trimbalait quelques livres avec lui, et on a pu comprendre qu’il aime être en contact avec la pensée critique d’ici et d’ailleurs, en même temps qu’il réalise un travail de proximité.

Une enrichissante discussion théologique a d’ailleurs émergé des échanges. Alors que le pasteur Whitehouse se disait inspiré par le terme biophilie, deux participants venus de l’Église protestante unie de France, Martine Gastinel et Didier Fiévet, ont apporté une perspective complémentaire en soulignant que, dans les écrits bibliques, deux mots grecs, soit bios et zoè, sont utilisés pour désigner la « vie ». « Dans la Bible, a expliqué Didier Fiévet, également conférencier invité, la bios est toujours soumise à la mort selon les lois de la matière. Tandis que la zoè est toujours liée aux mots qu’on traduit par éternité, qui ne signifient pas un temps infini, mais plutôt la qualité de la vie mortelle vécue dans la confiance en Dieu. » En ce sens, la vocation des chrétiens ne devrait pas se limiter à sauvegarder la vie naturelle, mais également les porter à agir à partir de cette espérance.

L’atelier animé par Marie-Andrée Michaud, Tomber en amour avec la Terre, a fait cheminer la conversation dans les registres du ressenti. Un constat : la relation entre l’humain et la nature existe encore, mais se détériore. « Avant, a confié Marie-Francine, une participante, quand je recevais des gens en médiation à mon bureau, je regardais dehors, le ciel, l’eau, et je leur disais “On va créer des solutions pour que la vie continue de couler”. Mais des tours d’habitation ont été construites tout le long du fleuve, et maintenant, je ne trouve plus la Terre. ». Selon Marie-Andrée Michaud, ce qui est fait est fait, mais une autre civilisation va succéder à la nôtre, et ce serait magnifique, pense-t-elle surtout, qu’elle soit bienfaisante à la fois pour les humains, tous les êtres et la Terre. « On a été doués de créativité, souligne-t-elle, alors c’est le temps de la faire jaillir. »

Ce sont aussi des dimensions émotionnelles et sensorielles que Paula Kline a invité les participants à revivre, à partir de souvenirs de leur enfance, avant de leur présenter une vidéo sur le Camp Cosmos. Ce programme de la Mission communautaire de Montréal subsiste et se renouvelle depuis 30 ans. Tout un bagage d’expérience, on le devine! Au fil du temps, les personnes et organisations qui s’y sont impliquées ont entre autres développé une sensibilité interculturelle de laquelle on peut apprendre. Par exemple, qui d’entre nous a déjà songé au fait que le terme « camp », qui a généralement des connotations positives pour les enfants nés au Canada, risque d’évoquer des épisodes douloureux pour les familles qui ont séjourné dans des camps de réfugiés?

Intégrant de plus en plus l’éducation environnementale, le Camp Cosmos accueille notamment des enfants de familles immigrantes installées en milieu urbain et qui auraient autrement peu de contacts avec la nature. L’expérience pourrait-elle rayonner à l’extérieur de la région montréalaise et fournir un soutien ou un éclairage à d’autres initiatives du même type? Des membres de la Mission protestante francophone de Toronto, qui se trouve aussi en milieu urbain et réunit plusieurs familles immigrantes, ont manifesté un intérêt.

Certaines communautés de foi sont tentées par l’agriculture urbaine, et la conférence leur a permis d’entendre les conseils pratiques d’une experte. Lauren Lallemand est agronome et apicultrice, et son expérience pourrait bien avoir permis d’éviter certaines « erreurs de débutants ». Du moins, elle aura indiqué des repères très utiles au moment de faire des choix : le fait qu’un ménage sur huit est en situation d’insécurité alimentaire au Canada; la possibilité fort intéressante de devenir un point de livraison associé à des initiatives d’agriculture locale soutenue par la communauté (comme le réseau Bio Locaux); le potentiel éducatif des jardins en ville, mais les limites de ce type de projets du point de vue de la sécurité alimentaire et compte tenu des ressources requises pour les réaliser; le pour et le contre des initiatives d’apiculture urbaine, qui visent à soutenir les pollinisateurs mais pourraient être nuisibles.

Voilà, en survol, quelques aspects seulement des échanges qui ont fructifié le temps d’un après-midi. Imaginons la suite!

 

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