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Le modérateur Richard Bott prend le relais… ou plutôt l’étole

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| Par Suzanne Grenier |

 

Suivant la culture de gouvernance de l’Église Unie, un nouveau guide et porte-parole succède, après 3 ans, à la modératrice Jordan Cantwell.

 

 

Durant la cérémonie de clôture du 43e Conseil général (CG) de l’Église Unie du Canada, le 27 juillet, la modératrice Jordan Cantwell a remis au pasteur Richard Bott une étole qui, symbolisant un nouveau commencement, sera transmise aux personnes qui se succéderont dans cette fonction. Cette étole, dont elle avait demandé la création pour inspirer son propre mandat, réunit les couleurs de la roue médicinale et est ornée de l’emblème de l’Église Unie (ÉU).

C’est en effet dans un contexte de grandes transformations que le pasteur Richard Bott entreprend son mandat. Le 43e CG a promulgué les renvois relatifs à la plus importante restructuration de l’ÉU depuis sa création en 1925. Il correspond aussi à un moment de l’histoire où se redéfinissent de manière intentionnelle les relations entre Autochtones et non-Autochtones. Jordan Cantwell voit dans ce mouvement « une occasion de nous recréer nous-mêmes et de construire des liens ancrés dans l’égalité et la justice ».

 

SURMONTER LES PEURS

Richard Bott a abordé de front les anxiétés engendrées par ces changements, dans l’Aperçu biographique et l’Énoncé sur les priorités et le leadership accompagnant sa mise en candidature. Il y résumait ainsi les questions que les gens, selon lui, se posent : « Quel sera l’impact des changements structurels ? Comment ces changements nous toucheront-ils ? Comment toucheront-ils ma paroisse ? À quoi ressemblera notre Église à l’avenir ? Parviendrons-nous un jour à répondre efficacement aux changements climatiques, aux injustices dont nous sommes témoins entre les classes économiques, les genres et les races, entre ceux qui « possèdent » et ceux qui n’ont rien ? »

D’entrée de jeu, celui qui allait être choisi comme modérateur établissait que les priorités de l’ÉU allaient dès lors être de « surmonter les peurs que nous pourrions avoir, voir la bonté de l’autre, aider tout le monde à répondre à son appel! »

 

 

 

L’équipe des Ministères en français de l’ÉU a demandé sur le vif à des délégués et déléguées, au début du 43e CG, quels grands défis allait devoir relever le prochain modérateur ou la prochaine modératrice. Leurs réponses nous parlent surtout de la nécessité de comprendre et de guider, de rassembler, de capter et transmettre l’énergie. Voilà des qualités essentielles à tout bon leadership. Pour les lecteurs qui connaissent peu l’ÉU, attardons-nous un moment sur ce rôle de modérateur ou modératrice, ainsi qu’au processus conduisant au choix de la personne qui l’exerce.

 

LA CULTURE DE GOUVERNANCE DE L’ÉU

Le rôle de modérateur ou modératrice

Au sein de l’ÉU, il existe cette fonction bien particulière qui n’en est pas une de pouvoir, mais d’influence. Dans une organisation plus hiérarchique, on parlerait peut-être de « chef spirituel ». Les termes « modérateur » et « modératrice » conviennent mieux à l’esprit démocratique et à la culture de discussion de l’ÉU. Le modérateur ou la modératrice a d’abord un rôle d’orientation, en « éveillant dans les cœurs le sens de la présence de Dieu ». La personne qui exerce cette fonction préside aussi les assemblées, se déplace sur tout le territoire pour rendre visite aux communautés et agit comme principal porte-parole de l’ÉU.

En ce qui a trait aux tribunes publiques, Jordan Cantwell a joué ce rôle, par exemple, par des interventions sur des questions touchant la justice sociale, comme cette Lettre de la modératrice en soutien au projet de loi C-262, ou encore au niveau plus intime de la foi, comme dans ce Message du carême 2018, où elle déclare : « Peut-être que si j’apprends à être plus patiente et bienveillante envers moi-même, je le serai aussi pour les autres. »

Quels types d’interventions privilégiera le nouveau modérateur? Car cela tient bien sûr au profil et à la personnalité de chacun. Richard Bott a servi des paroisses en Ontario et en Colombie-Britannique. Il a célébré des cultes, animé des ateliers et participé à des comités. Il est notamment connu pour ses contributions à Gathering, en général des écrits liturgiques que ses collègues peuvent ensuite reprendre au sein de leurs paroisses. Il est par ailleurs actif dans les médias sociaux, et on peut le suivre sur Facebook.

 

Être candidat ou candidate

Des personnes laïques autant qu’ordonnées peuvent devenir modérateur ou modératrice. C’est l’instance intermédiaire des Consistoires qui toutefois, jusqu’à maintenant, propose les candidatures au CG. La culture de gouvernance de l’ÉU entame alors un processus de plusieurs mois que l’on veut moins divisif et plus réflexif que la traditionnelle campagne électorale en politique. On continue dans l’Église à débattre des thèmes importants, mais on ne tend pas à lier directement les argumentaires aux positions des personnes candidates.

Un même cadre de visibilité est offert à toutes les personnes candidates pour se faire connaître et exposer leurs idées. En 2018, elles ont été invitées à soumettre un court énoncé biographique et une déclaration personnelle sur les principaux défis auxquels l’ÉU fait face. Durant les mois qui précèdent le CG, elles ont répondu aussi à une même série de questions, par exemple Quel passage biblique m’accompagne de façon constante?. Au début des travaux du CG, toutes les personnes candidates ont l’occasion de se présenter de vive voix devant l’ensemble des délégués et déléguées.

Bref, il n’y a pas pour ce poste une campagne au sens traditionnel. Un choix sera fait, certes, mais on tend à ne pas l’aborder comme une lutte ou une compétition. Ce qui nourrit la réflexion, ce sont les discussions sur les thèmes importants qui retiennent l’attention du CG.

 

Le vote

Le déroulement même du vote se fait dans le même esprit. Il n’y a pas de discours ni de discussions, la place est plutôt faite au recueillement. Le choix s’effectue souvent, comme en 2018, en 5 tours. Entre chaque tour, plusieurs minutes de réflexion en silence sont accordées aux personnes qui votent. Les résultats affichés rendent compte chaque fois de l’ordre d’importance des appuis, sans préciser le nombre de votes reçus. À partir du deuxième tour, la personne qui obtient le moins d’appui ne passe pas au tour suivant, et une prière de remerciement lui est adressée. En général, les deux personnes qui se retrouvent au dernier tour ont chacune obtenu des appuis importants. Au 43e CG, le choix final s’est fait entre le pasteur Richard Bott et la pasteure Susan Beaver, qui est Kanien’kehá:ka des Six Nations du territoire de Grand River, dans le sud de l’Ontario.

 

 

 

EXPLORER LE SENS DE SA FOI

Avant de passer l’étole au suivant, Jordan Cantwell a fait un bilan réflexif et partagé ce qu’elle a appris durant son mandat. Après la synthèse du travail effectué et des rencontres qui l’ont marquée, en évoquant l’ampleur de certaines réalisations qui semblaient impossibles ou remplies d’obstacles, elle dit en conclusion : « Nous en sommes arrivés là grâce à une écoute attentive, à la confiance dont nous avons témoigné les uns envers les autres, à des prises de parole provenant du cœur et à un ancrage de notre démarche dans la prière. Également, nous y sommes arrivés en envisageant le désordre et l’incertitude du début non pas comme un obstacle dans notre parcours, mais plutôt comme la matière brute dont Dieu se sert pour façonner une réalité nouvelle. »

 

 

 

À la veille de l’élection du nouveau modérateur, Jordan Cantwell est revenue sur la question du manque et de l’incertitude, et voici comment elle suggère de l’aborder : « La diminution des ressources, l’augmentation des besoins, les distances entre les charges pastorales font partie depuis des décennies des réalités que vivent de nombreuses paroisses autochtones. Elles ont développé des façons créatives et efficaces de faire plus avec moins. C’est aussi le cas pour nombre de nos partenaires mondiaux. Nous avons déjà en nous la sagesse que nous recherchons pour pouvoir répondre à l’appel. Nous devons apprendre à écouter ceux et celles qui peuvent nous enseigner. »

 

 

Richard Bott envisage aussi ce désarroi devant la souffrance et le manque de ressources, quand on n’a rien, ou en fait quand ce qu’on a paraît insuffisant. Dans sa prédication d’investiture, il déclare son attachement au modèle des disciples de Jésus, qui apparaissent à ses yeux de manière très réelle, très humaine dans les Écritures. Il évoque aussi Jésus qui prêche devant des peuples opprimés – affamés de nourriture, mais aussi de liberté et de liens plus profonds avec les autres et avec Dieu. Il rappelle ce passage où les disciples discutent des solutions impossibles, ou possibles, peut-être, quand on a si peu de ressources. Un enfant dans la foule a quelques tranches de pain et deux poissons, et il se dit prêt à les donner. Est-ce trop peu? Est-ce que cela ferait une différence? Et c’est alors que survient la multiplication des pains.

Le modérateur capte ainsi le sens de cette parabole : « Cet enfant, c’est aussi nous. C’est nous à notre meilleur, cet enfant, c’est le monde à son meilleur – lorsque nous sommes prêts à offrir sans avoir la moindre idée du résultat, mais en croyant que Dieu saura utiliser ce don – en ayant confiance que ce que Dieu fera de ce don, avec nous, sera suffisant pour rassasier la faim, les affamés de toute la planète. »

 

 

 

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