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Le film Quand les pouvoirs s’emmêlent

| À PROPOS |

| Par Angelika Piché |

 

Pasteure et théologienne, Angelika Piché commente cette production québécoise qui met la religion au premier plan comme un pouvoir et une menace pour les droits des femmes.

Photo: Maison 4:3.

 

Je suis déçue de ce « documentaire » actuellement présenté dans les cinémas du Québec. La réalisatrice Yvonne Defour y aborde une question qui mériterait d’être traitée avec un bon éclairage sur le plan des connaissances et une grande sensibilité : la place de la religion dans la société et son influence sur la condition des femmes. Cette thématique fort complexe a des racines profondes dans l’histoire occidentale, mais le message du film est simpliste et ne montre qu’un côté de la médaille. À travers des exemples provenant de quatre pays – Tunisie, France, États-Unis et Québec–, la documentariste fait un lien supposément inévitable entre convictions religieuses (chrétiennes et musulmanes) et oppression de la femme. On en sort avec l’impression que toute égalité homme-femme a été obtenue malgré le message de la foi, qui indiquerait le contraire.

 

Hommes et femmes à l’image de Dieu

Comme théologienne, je peux souligner que ce n’est pas si simple! Sans aucun doute, il y a eu manipulation des textes bibliques et abus des pouvoirs patriarcaux à travers les siècles pour reléguer les femmes au deuxième rang. Mais cela n’est pas le message fondamental de la Bible, qui souligne la valeur égale de l’homme et de la femme dès le récit de la création, où tous les deux sont faits « à l’image de Dieu ». Citer l’apôtre Paul qui reflète dans ses lettres les coutumes de son temps n’invalide pas le fait que la foi chrétienne prescrit une dignité pareille aux deux sexes. D’ailleurs, Jésus lui-même était révolutionnaire dans son contact avec les femmes.

 

Foi, égalité et liberté!

Il est essentiel de voir comment le message chrétien a influencé et motivé les mouvements féministes. Par exemple, l’action d’une femme comme Nelly McClung, suffragette célèbre au Canada, était profondément ancrée dans sa foi chrétienne – comme chez la plupart des femmes actives du dernier siècle.

Les droits de la personne sont fondés sur le principe de la dignité humaine et ont été développés dans le terreau fertile des cultures occidentales à cause de leurs valeurs chrétiennes. Foi, égalité et liberté ne sont pas mutuellement exclusives! L’affiliation à une religion ne veut pas dire nier les droits des individus. Les religions œuvrent dans beaucoup de domaines pour la justice et l’équité, et il serait donc opportun de peindre un portrait plus nuancé.

Il est aussi facile de pointer du doigt la religion musulmane de nos jours, mais combien de fois reproduit-on ainsi des clichés! Pourquoi est-ce que les entrevues dans le documentaire ne montrent que des militantes antireligion? Je connais plusieurs croyantes musulmanes au Québec qui sont fières de leur religion et réclament toutes les libertés professionnelles, politiques et individuelles pour elles-mêmes, comme femmes. Elles auraient des choses à dire sur le Québec et un avenir harmonieux pour toutes et tous.

Oui, la laïcité de l’État est un acquis à préserver dans nos sociétés modernes, et cela je ne le conteste pas. Mais je mets en question l’amalgame simpliste entre foi, religion et oppression des femmes dans le débat actuel!

 

 

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