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Le 8 mars, journée de la femme et j’ajoute, de la nonviolence

| CHRONIQUE | CROIRE ET AGIR |

| Par André Jacob |

 

Joyce Echaquan au bord d’un lac.
Photo : Alice Echaquan, sur Wikipédia CC BY-SA 4.0

À l’occasion du 8 mars, Journée internationale des femmes, André Jacob souligne dans sa chronique Croire et agir l’importance d’identifier et de reconnaître les manifestations de la haine et de la violence sur le plan systémique.

La violence est un fléau répandu comme les tiques qui attaquent sournoisement et se collent à leur victime pour les tuer à petit feu. La violence systémique véhiculée dans les médias et les réseaux sociaux reste trop souvent banalisée parmi des faits divers comme la lutte pour sauver des chevreuils, les accidents routiers ou les scandales de corruption. Sans une attention particulière et approfondie de sa présence partout au quotidien, elle finit par habiter beaucoup d’esprits prédisposés à entendre les voix intérieures de leur malaise psychosocial ou émotionnel, de leur égocentrisme ou de leur sentiment de supériorité. Les événements se font trop nombreux pour que nous les taisions. La violence à l’égard des femmes, qui semble s’exercer sous la main d’individus, est d’abord et avant tout systémique.

Regardons quelques situations. Pendant que sur son lit d’hôpital, une femme atikamekw en détresse, Joyce Echaquan, appelait à l’aide, on l’insultait et on la réduisait à l’état d’un animal délirant devant sa mort prochaine; l’indignation collective s’est manifestée spontanément devant ce fait divers scandaleux incontournable. Cet acte de violence résultait d’un racisme construit de préjugés assumés par des individus acteurs du drame abusant de leur statut de supériorité professionnelle sans compassion.

Par ailleurs, ce peut être dans n’importe quelle maison, une femme se barricade sur sa solitude et se drape de la soumission, de la résignation même armée du bouclier de l’espoir; en somme, elle exprime le fait qu’elle commence à perdre sa bataille contre la haine. Elle se sent inoculée du venin de l’impuissance chronique silencieuse. Les tactiques violentes sont bien connues : mépris, humiliation, menaces verbales, contrôle excessif et atteinte à la liberté, coups, etc. Dans une telle dynamique répétée au quotidien, elle a peut-être lancé des S.O.S. avec l’attente de réponses, mais trop souvent son cri s’est perdu dans les nuages de l’indifférence, de l’indolence, de l’ignorance crasse ou tout simplement de l’incompétence voire même de la condamnation. Le drame se poursuit et survient l’inéluctable épilogue par la mort; la haine l’emporte trop souvent sur l’amour quand un Minotaure assassine par les coups, le fusil, le pistolet, le couteau, la hache et même le feu. Il est alors trop tard pour sauver une femme victime de sa solitude, mais il n’est jamais trop tard pour hurler l’injustice dont sont victimes trop de femmes dont le cri et la douleur sont étouffés entre les murs.

À la recherche de solutions

Face à ces trop nombreux drames s’impose une réflexion sur les droits des femmes, sur la perception de l’égalité homme-femme, sur l’éducation civique des hommes et surtout la nonviolence. Mon ami Dominique Boisvert a réfléchi à la question et il propose des pistes de réflexion prometteuses; dans son livre Nonviolence : une arme urgente et efficace[1], il jette un regard critique sur les sources du pouvoir et de la violence. Il y dénonce les dérives du néolibéralisme prédateur de toutes les ressources de la planète, y compris de la force de travail de millions de travailleurs et de travailleuses.

Il s’explique au sujet de l’approche nonviolente. Ce mot « désigne pour moi cette attitude globale de bienveillance tant à l’égard des autres humains que de la création tout entière. Une attitude faite de respect profond, d’ouverture et de gratitude, qui cherche à construire ensemble sans dominer ni exploiter. Il s’agit donc d’une conception particulière de la vie et du monde »[2]. Et il aimait répéter, pour caractériser son militantisme de la nonviolence active, qu’une telle attitude exige l’implication directe et le courage de ses convictions. En ce sens, Dominique a toujours tenté d’agir en conformité avec la pensée de Gandhi, lequel, écrit-il, est « le symbole par excellence de la nonviolence »[3].

L’approche des rapports sociaux basée sur la nonviolence s’avère une des clés pour lutter contre la haine et la violence. Mais ô combien difficile est l’application des principes de l’amour, du dialogue et de la nonviolence quand entrent en jeu et deviennent les moteurs de l’agir les intérêts mesquins, financiers et tout simplement matériels ou bien émotionnels en termes de recherche du pouvoir et de la domination. Beaucoup d’hommes se croient encore et toujours les maîtres en tout et peinent à reconnaître les femmes comme des citoyennes égales et dignes de respect.

Il importe d’identifier et de reconnaître les manifestations de la haine et de la violence sur le plan systémique et de pousser l’État et ses institutions (services publics, services scolaires, services de santé, etc.) tout autant que les entreprises privées à développer des plans d’action cohérents. À cet égard, et à titre d’exemple de revendication à caractère systémique, il faut saluer l’initiative des instances des communautés atikamekw de faire connaître la discrimination dont elles sont victimes devant le monde entier. Le Devoir du 5 mars 2021, sous la plume de Marie-Michèle Sioui, rapporte que les Atikamekw de Manawan « déposeront lundi, à l’occasion de la Journée internationale des femmes, des plaintes devant cinq instances des Nations unies. Ils demanderont à autant de rapporteurs spéciaux de déclarer que les droits de Mme Echaquan ont été brimés avant sa mort. »

Au-delà des dimensions structurelles du phénomène de la violence à l’égard des femmes, chaque individu est interpellé par l’existence de la violence, particulièrement quand il s’agit des rapports entre les hommes et les femmes. Il nous importe de méditer sans cesse la profondeur de l’amour afin de pouvoir agir dans notre vie au quotidien et dans l’espace public. Comme le dit la prière de saint François d’Assise : Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix!

Là où il y a de la haine, que je mette l’amour[4]. En 1927, cette prière est pour la première fois associée à saint François d’Assise par des pacifistes protestants français, les Chevaliers du Prince de la Paix du pasteur réformé Étienne Bach (1892-1986). La diffusion du texte s’élargit, mais reste limitée.

Dans notre quotidien, nous cherchons l’amour et tentons de détecter les germes de haine pour éviter que cette dernière ne gangrène notre quotidien et les relations au sein de la société engluée dans le cancer de la surconsommation, de l’individualisme et de la lutte sans fin pour le pouvoir, la domination voire l’exploitation violente sous mille formes.

Nombre d’occasions nous sont données d’entonner des chansons d’amour populaires célèbres comme Quand on a que l’amour (Jacques Brel) ou Quand les hommes vivront d’amour ou Juste l’amour (Raymond Lévesque) et combien d’autres. Mais il ne faut pas attendre la mort, comme le chantait ce dernier, pour agir : Quand les hommes vivront d’amour, nous nous serons morts mon frère… Bien au contraire. Les fondements de la culture et des grandes religions sont bâtis sur l’amour et le respect du prochain. Il suffit de chanter les psaumes, de psalmodier le Cantique des cantiques ou de méditer les textes fondamentaux des évangiles pour reconnaître le sens profond de l’amour et du respect des autres.

 

[1] Boisvert, Dominique. Nonviolence : une arme urgente et efficace. Éditions Écosociété, 2017.
[2] Ibid., p. 16.
[3] Ibid., p. 72.
[4] Texte publié dans La Clochette, No 12, décembre 1912, p. 285.

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