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L’amour au temps du coronavirus

| ARTICLES ET REPORTAGES |

|par Éric Hébert-Daly |


Jésus parlait encore quand arriva Judas, l’un des douze disciples. Il y avait avec lui une foule nombreuse de gens armés d’épées et de bâtons. Ils étaient envoyés par les grands-prêtres et les anciens du peuple juif. Judas, celui qui livrait Jésus, leur avait indiqué le signe qu’il utiliserait : « Celui que j’embrasserai, c’est lui. Arrêtez-le. » Judas s’approcha aussitôt de Jésus et lui dit : « Je te salue, rabbi! » Puis il l’embrassa.

(Matthieu 26, 47-49, traduction : Nouvelle en français courant)


 

Ça m’a toujours dérangé que Jésus soit livré à sa mort avec un bisou. Il ne se fait pas pointer du doigt. Il n’y a pas de cri d’alarme, de « Le voilà! ». Plutôt, on l’embrasse. Un geste d’amour qui mène à la mort.

J’y pense beaucoup ces temps-ci, avec le coronavirus qui prend de l’ampleur médiatique, entraîne la fermeture des écoles et des entreprises en Chine et en Italie, et crée une peur croissante dans le reste du monde. En paroisse, dimanche passé, je voyais l’inconfort dans la précaution de se tenir loin de nos proches. Ce n’est pas dans la nature de la majorité des gens. Nous aimons nous donner des bises, nous rapprocher – quoique, même si tous les êtres humains ont besoin de bienveillance, le rapport au contact physique varie d’une culture à l’autre et d’une personne à l’autre.

Une crise comme celle-ci fait ressortir à quel point plusieurs d’entre nous recherchons le contact. Toucher la main de l’autre, rapprocher son cœur dans un geste affectueux (ou se donner un bon crack, comme ma famille l’aurait dit en Acadie), ça fait du bien! C’est un cadeau qu’on donne à l’esprit de l’autre et qui fait du bien à notre propre esprit. C’est souvent, aussi, une partie importante de notre soutien pastoral envers nos paroissiens.

La semaine passée, sur un banc d’église, j’ai tenu une personne dans mes bras pendant qu’elle pleurait. Cette semaine, est-ce que je me serais tenu loin d’elle pour éviter la transmission de microbes? Nous sommes rassurés par le toucher. Notre santé mentale semble renforcée quand nous pouvons sentir la présence physique de l’autre qui offre son soutien, sa prière et son amour.

Lors de nos célébrations liturgiques le dimanche, il y a plusieurs moments où l’on se touche… l’accueil à la porte, le partage de la paix, la circulation de l’offrande, la communion, le café après… Nos rituels nous offrent plusieurs moyens de sentir la présence de Dieu par l’intermédiaire des membres de notre communauté de foi.

Avec l’arrivée d’un virus qui menace davantage les gens déjà vulnérables, il faut trouver de nouveaux moyens de vivre en communauté pour éviter la transmission. L’Église Unie a souligné l’importance d’avoir un plan d’urgence et encourage toutes les communautés de foi à en mettre un en place. Pas seulement devant le coronavirus, mais pour toute sorte de situations imprévues.

Les aspects les plus importants : saluer l’autre sans le toucher, préparer la communion en petits cubes et avec des petits verres pour se garder les doigts loin des éléments de la consommation, peut-être même éviter d’aller à l’église.

Mais il faut aussi nous assurer que nous ne sommes pas « la foule nombreuse » armée d’épées et de bâtons, comme lors de l’arrestation de Jésus. La peur, surtout en moment de crise, nous enlève notre humanité. Ça nous rend plus xénophobes, plus intolérants.

 

Pour continuer de vivre notre foi en communauté

L’Église Unie du Canada offre des options novatrices pour vivre sa foi en communauté sans contact physique. La pasteure Darla Sloan de la paroisse Saint-Pierre et Pinguet anime La parole sur le pouce, un lieu de discussion et d’exploration par voie d’Internet, tous les vendredis de 12 h 15 à 12 h 45 (heure de l’Est).

L’Église Unie du Canada offre plusieurs cours sur le Web aussi, et nous avons maintenant un partenariat avec l’Église Protestante Unie de la France, qui permet de faire des études de la maison avec Théovie. Le site Web de l’Église Unie et ses médias sociaux diffusent régulièrement des prières et des ressources pour alimenter le lien à notre foi malgré les distances.

C’est certain que, pour plusieurs, ces outils ne remplacent pas l’intimité et l’appui qu’on retrouve quand nous sommes ensemble pour vivre notre foi. Notre travail de soutien pastoral devra se vivre avec nos prières, nos cœurs et nos pensées. Même à distance, notre regard, notre attitude peuvent très bien communiquer nos sentiments et notre empathie.

L’histoire de Pâques et la mort du Christ à la suite d’un signe d’intimité nous rappellent les effets de la peur. Les disciples se sont alors dispersés et Jésus s’est retrouvé seul. Souvenons-nous, en cette période où nous pouvons facilement partir en peur, que nos actions doivent être guidées par la Source de l’amour. Tâchons de prendre des décisions qui sont ancrées dans le soin de l’autre.

Judas s’est servi d’un moment d’intimité pour accomplir un acte de violence de l’Empire romain. C’est à nous d’aimer, d’abord et avant tout, en trouvant de nouvelles manières de prendre soin de l’autre. Soyons fidèles à notre mission d’amour.

 

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