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L’âme de nos communautés 3 | Comment aborder nos peurs?

| SÉRIE D’ARTICLES DE PATRICIA LISSON |


Une réflexion pratique sur l’espoir et le potentiel adaptatif de la foi.

Cliquer ici pour voir toute la série.


 

Dans le précédent texte de la série L’âme de nos communautés, Patricia Lisson évoquait nos réflexes humains devant les changements qui déstabilisent notre compréhension du monde. Elle soulignait que, pour se concevoir comme participantes et participants actifs de cette vie en transformation, il est utile de cheminer par rapport à l’idée du risque.

Plus facile à dire qu’à faire?

 

À l’ombre des questions courageuses

Qui sommes-nous? Quelle place occupons-nous dans notre environnement? Quelle place occupons-nous dans un Québec laïque? Avons-nous un rôle réel dans la vie des personnes de notre communauté de foi? Avons-nous un rôle réel dans la communauté en général? Quel chemin devons-nous prendre pour demeurer une communauté de foi vivante dans un monde en plein changement? Sur quel fondement théologique basons-nous nos décisions? Lorsqu’on aborde ces questions difficiles dans une communauté de foi souvent en perte de vitesse, un élément surgit : LA PEUR!

Qu’est-ce que la peur? La peur peut être définie comme étant une émotion désagréable causée par la croyance que quelqu’un ou quelque chose constitue un danger susceptible de causer de la douleur. Cette émotion peut être perçue, imaginée ou réelle et être liée à de l’angoisse (qui suis-je, qu’est-ce que l’éternité, le néant, la mort, etc.) ou de l’anxiété (inquiétudes, doutes, craintes, obsessions, etc.). La peur est une émotion puissante. Elle peut se glisser dans nos problématiques au moment où on s’y attend le moins, et transformer un moment de remise en question en une situation irrationnelle, bloquer la réflexion, soulever des doutes et nous rendre intransigeants, voire cassants. La peur rend logique l’immobilisme du statu quo ou de l’interprétation limitative de la parole de Dieu, nous empêchant de percevoir les messages de l’Esprit-Saint. Elle peut aussi nous conduire, en tant qu’individu ou en tant que communauté, à nous jeter corps et âme dans des solutions miracles rapides, donc non réfléchies, peu efficientes et pouvant mener à l’échec.

 

Quand la peur se pointe

Le changement de paradigme, les « moments charnières » découlent de transformations brusques, nous entraînant dans l’inconnu, ce qui crée souvent de la peur, des appréhensions. Cela peut nous conduire à mettre tous nos efforts sur le maintien du statu quo, à nous raccrocher au passé, aux idées et aux solutions préconçues, plutôt que de rechercher les conseils de Dieu et de déterminer en commun la feuille de route à suivre. L’histoire des Israélites répondant à l’appel de Dieu révélée au prophète Moïse à quitter l’Égypte, en direction de l’inconnu, est un parfait exemple d’une communauté réagissant à un « moment charnière », générant de la peur, de l’anxiété et de l’incertitude.

En voyageant à travers le désert, les Israélites se sont retrouvés face à leurs propres peurs, qui les ont poussés à se demander qui ils étaient et à se projeter dans le futur en se demandant ce qu’ils allaient devenir. Cette période de réflexion troublante et empreinte d’honnêteté et de quête de la terre promise ne s’est pas passée comme les gens au début du voyage l’avaient espéré ou prévu. Comme nous le savons, le voyage des Israélites a été ponctué de hauts et de bas, il y eut des moments de colère, de tristesse, de chagrin, de luttes et de désespérance, mais aussi de découverte. J’imagine que cela s’est parfois produit alors que la communauté était assise autour d’un feu, entourée d’obscurité et de la lumière chaude des flammes. Lors de ces moments de pause, des histoires sont partagées, les peurs sont nommées, l’espoir et l’espérance entraînent les gens dans une praxis, les amenant à découvrir une nouvelle façon d’interagir avec Dieu et avec eux-mêmes. En fin de compte, la communauté est arrivée à comprendre comment la peur l’éloignait de l’appel de Dieu et à envisager comment la vaincre ou lui faire face. J’aime bien l’expression « Tout ce à quoi on fait face s’efface; tout ce qu’on fuit nous suit ».

La peur, l’angoisse et l’anxiété forment une « émotion combinée » dominante, qui colore le prisme à travers lequel nous vivons notre vie et notre foi. En d’autres termes, nos expériences, nos vécus et traditions, à la fois positifs et négatifs, changent notre perception des problématiques auxquelles nous devons faire face et la façon dont nous nous engageons dans le monde. Tout comme dans l’Exode, nos vies sont remplies d’exemples concrets de peurs, d’angoisses et d’anxiétés qui obscurcissent notre jugement. Moïse quitte la communauté pour une brève période, et très rapidement celle-ci est en proie aux inquiétudes et aux angoisses, ce qui la conduit à douter du leadership de Moïse et de sa propre foi en Dieu.

 

Et si l’on ne veut pas que la peur nous mène par bout du nez?

La peur se joue de nous, elle s’infiltre insidieusement dans nos cœurs, dans nos esprits et nous amène à croire que nous ne sommes incapables de transformation, de transfiguration ou que nous ne sommes pas dignes de grâce, de pardon. Le cadre que j’utilise, celui que j’ai choisi au cours de mes pérégrinations de foi, consiste à décomposer la peur en fonction de trois niveaux où elle se produit :

1. L’esprit Peut-être que je ne suis pas digne et que mon esprit est rempli de comportements égocentriques.

2. L’âme – Et si mes actions ne faisaient que bousiller mon désir de bien faire et de servir autrui.

3. Le sentiment viscéral – Je ne crois pas que j’ai les compétences pour effectuer le travail requis pour changer les choses que je dois changer.

Cette analyse simple de la peur est selon moi un processus qui permet de prendre une certaine distance afin d’examiner notre peur réelle sous divers angles et de détecter plus aisément ses éléments déclencheurs. L’espoir est de trouver les moyens de reconnaître nos peurs, de les nommer, d’y faire face et d’apporter des solutions aux défis que nous nous devons de résoudre dans une communauté de foi.

Force est de constater qu’en tant qu’individu ou communauté, une façon efficiente de gérer la peur est de simplement en prendre conscience et d’accepter les blessures et le besoin humain de guérison. Bien que ce soit contre-intuitif, il ne faut pas chercher à aller vite ni prendre de raccourcis : il faut se donner le temps et, chemin faisant, accepter que le travail va requérir de la réflexion. Ainsi pourra prendre forme le sentiment d’être les bonnes personnes prenant les bonnes décisions au bon moment (synchronicité), la conviction que nous pouvons changer les choses individuellement et collectivement, que nous pouvons grandir et que nous sommes des gens capables et dignes de l’Esprit.

L’appel aux changements reçu du Saint-Esprit peut paraître effrayant, écrasant et risqué. Nous devons pourtant y répondre, car nous avons un message essentiel à transmettre sur la place publique et nous avons l’assurance que « nous ne sommes pas seuls » dans la réflexion et le voyage de foi.

 

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