L'Église Unie du Canada

Menu

La prière, un canal pour l’empathie

 

| ARTICLES ET REPORTAGES |

| par Éric Hébert-Daly |

 

 

Personnellement, je crois fermement dans le pouvoir de la prière. Je la vois d’abord comme un dialogue avec Dieu, et une excellente manière d’exprimer ce qui occupe mon esprit. Pour autant, je ne pense pas qu’il faille se limiter quant à la forme que peut prendre la prière pour chaque personne ni limiter à la prière les pratiques spirituelles susceptibles d’avoir un effet transformateur. Bref, par la prière, je souhaite aussi me situer dans un rapport réel aux autres.

Il y a plusieurs années, je travaillais comme organisateur politique pour un parti qui, à l’époque, entamait une campagne électorale sur une base très fragile. Plusieurs membres de l’équipe étions répartis géographiquement, dans le but d’obtenir dans chaque circonscription les 100 signatures requises pour inscrire un candidat. La tâche était difficile, mais j’ai fini par atteindre mes objectifs. Juste avant de grimper dans l’autobus qui me ramènerait chez moi, exténué, j’ai appris qu’à deux heures de l’échéance, il manquait encore 75 signatures à l’un de mes collègues. À distance, durant le trajet, j’ai opté pour prier avec ferveur pour qu’il réussisse. Quand j’ai pu prendre des nouvelles quelques heures plus tard, on m’a appris que par une grande chance il s’était retrouvé à la sortie d’un cours sur un campus universitaire, et qu’à la toute dernière minute il avait obtenu les signatures requises. Quand il m’a raconté par la suite qu’il avait alors ressenti un intense regain d’énergie, je n’ai pu m’empêcher de penser que ma prière s’était rendue jusqu’à lui. Ou peut-être n’était-ce qu’une coïncidence.

Dans un cas comme dans l’autre, j’avais ressenti le stress de mon collègue. Je savais combien sa tâche était difficile, presque impossible. Ma prière ce jour-là m’a aidé à me lier à lui. Même s’il n’y a pas véritablement eu de transfert d’énergie de moi à lui à l’approche du fil d’arrivée, je me suis senti transformé. C’est ce que produit la prière… elle change la personne qui prie. Elle crée de l’empathie et nous imprègne de l’expérience de la personne pour laquelle on prie – ou parfois même de l’expérience des groupes ou populations pour lesquelles on prie, par exemple lors d’une guerre ou d’une catastrophe naturelle. Nous devons prendre la prière au sérieux quand nous l’offrons à nos amis et aux gens qui font face à des crises importantes. Ce faisant, je pense aussi qu’elle nous aide à voir plus clairement notre propre situation.

 

Sortir de soi

La prière nous sort de nous-mêmes et nous offre une perspective. Elle met nos réflexes en suspens et nous laisse éprouver pendant un moment une profonde empathie. La transformation tient pour beaucoup au fait de prendre le temps de vivre cette expérience.

Est-il possible de prier sans référence à une entité comme celle à laquelle s’adressent les chrétiens et les personnes croyantes d’autres traditions? Je pense à mes amis athées ou agnostiques lorsque je me demande cela. En fait, la méditation, la réflexion et même les brefs temps d’arrêt que l’on s’accorde pour laisser nos pensées se délier peuvent avoir un pouvoir de transformation, même chez une personne qui n’a pas la foi en une puissance supérieure à laquelle elle peut faire appel. À ce sujet, il faut savoir que certains chrétiens prient sans croire en un Dieu interventionniste, mais en ressentant malgré tout le pouvoir de la prière. En plus d’ouvrir des perspectives, la prière vient nourrir d’autres éléments importants : la gratitude, la patience, l’empathie et l’amour.

La prière est une manière de s’harmoniser aux autres.

 

S’harmoniser en profondeur

Il arrive que nous offrions à quelqu’un « nos pensées et nos prières » de manière un peu superficielle, sans freiner le rythme de nos activités pour réfléchir ou prier, sous une forme ou sous une autre, avec profondeur. Certains groupes ou certaines personnes touchées ont raison d’être critiques à l’égard de cette « petite tape dans le dos » un peu automatique qui viendrait résoudre une crise, soulager une souffrance ou un deuil.

La prière implique la réflexion, elle peut aussi ouvrir des voies d’action. Surtout, elle devrait permettre ce que j’appelle des « rencontres sacrées ».

Dans cette optique, quand je laisse une place à une personne dans mes prières, je ne demande pas à Dieu d’intervenir pour la guérir, la changer et la faire devenir ce qu’elle n’est pas. Par exemple, des gens m’ont déjà dit qu’ils allaient prier pour que je devienne hétérosexuel. Ces prières ne plaçaient pas le destin de qui que ce soit entre les mains de Dieu ou sur toute autre voie favorable en devenir. Elles étaient de nature égoïste plutôt qu’altruiste, et orientées vers une finalité préétablie, fondée sur un sentiment de supériorité. On est loin de l’empathie, de l’amour et du désir d’apprendre.

La prière qui donne lieu à une « rencontre sacrée » me libère moi-même ainsi que les personnes pour lesquelles je prie de toute certitude égocentrique. Elle crée un espace où j’ai confiance que de nouvelles façons de voir les choses vont émerger, en sortant du carcan de mes propres perceptions.

Ce type de rencontre est possible en l’absence des personnes pour lesquelles on prie, car la transformation peut traverser le temps et l’espace. Mais il arrive que la transformation touche principalement la personne qui prie – et qui souvent est celle qui a le plus besoin d’une conversion.

La transformation peut m’appeler à l’action. Je découvre soudait de nouvelles manières de contribuer à un monde renouvelé. Mes réponses verbales au monde dans lequel je vis se modifient et deviennent plus nuancées. Je vois des zones grises là où tout était catégoriquement noir ou blanc. À mes yeux, c’est là une bénédiction.

 

Une ouverture des possibilités

Bien sûr, la prière peut se faire avec d’autres, en tête-à-tête, en petits groupes ou en grands rassemblements. On ne peut imaginer la portée de toutes ces possibilités de croissance et de transformation. À tout le moins, on peut dire qu’elles nous ouvrent les uns aux autres, nous aident à prêter attention à d’autres personnes pendant un moment et à nous laisser réconforter par l’attention chaleureuse des autres, et cela, que l’on ressente ou non la présence d’une puissance supérieure.

Ces rencontres sacrées sont pour moi précieuses. Je me réjouis d’en observer différentes manifestations autour de moi – jusque sous la forme de simples textos. Une connaissance a récemment décidé d’envoyer chaque matin un émoji représentant un cœur à une personne qui venait de perdre son père. Ce geste qui d’emblée ne ressemble pas à une prière venait indiquer à cette dernière que quelqu’un pensait à elle tous les jours pendant cette période difficile. La vie d’aujourd’hui ne nous permet pas souvent de ressentir cela. Il y a pourtant tant de gestes que nous pouvons faire, il y a tant de manières de prier, sans moule ni formule obligée.

 

3Réponses

  1. Magnifique, Éric. Un GRAND merci!

  2. Rita Beauséjour says:

    Bonjour Éric, ton article sur la prière m »a appris qu’il y plusieurs formes de prières. Ça m’a ouvert les yeux et cela me permets une plus grande liberté. Merci !

  3. Nicole Hamel says:

    Vraiment intéressant ce texte. Merci Éric.

Répondre à Nicole Hamel Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *