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La modératrice aborde les enjeux de racisme et de privilèges à la suite du verdict de Stanley

La modératrice Jordan Cantwell à l’Église Unie Wanakapew, Première Nation Peepeekisis, Traité no 4 (Saskatchewan), juillet 2017. Photo : Sara Stratton

Pour tenir promesse et que le Canada devienne pleinement le pays qu’il peut être, il nous faut y travailler toutes et tous ensemble.

Sœurs et frères dans le Christ,

Le vendredi 9 février 2018, l’Église Unie du Canada a émis un communiqué à la suite de la bonne nouvelle de l’adoption du projet de loi C-262 en deuxième lecture, une loi visant à assurer l’harmonie des lois fédérales avec la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Avec optimisme, peut-être aussi avec naïveté, ce communiqué s’intitulait A Promise of What Canada Can Be (en anglais).

Je dis naïveté, car plus tard, ce même jour, la réalité de ce que le Canada est en fait est devenue manifeste par un verdict de non-culpabilité dans le cadre du procès de Gerald Stanley, pour meurtre au second degré. Stanley était accusé relativement au décès de Colten Boushie, un jeune homme de 22 ans de la Première Nation de Red Pheasant, du Traité no 6, en Saskatchewan, qui s’était retrouvé en compagnie d’amis sur la ferme de Stanley, le 9 août 2016, en fin d’après-midi. À la suite d’une succession d’évènements, trois coups de feu ont été tirés d’un pistolet que Stanley tenait dans la main. Colten Boushie, qui n’était jamais sorti du véhicule dans lequel il prenait place à son arrivée sur les lieux, a été tué d’une balle dans la tête. Stanley a été acquitté sous le motif que le coup de feu fatal était accidentel, après deux coups de semonce tirés auparavant.

On a beaucoup parlé en cour, dans les médias et les médias sociaux du comportement des jeunes adultes de la Première Nation sur la ferme, de la réplique de Gerald Stanley et de son fils, et du comportement de Stanley après la mort de Colten Boushie.

L’évènement qui s’est produit sur cette ferme s’inscrit toutefois dans un contexte qui lui est antérieur et qui le suit, un contexte de racisme et de privilèges dont bénéficient les blancs, incrustés dans la société canadienne. Nous, qui sommes associés à la culture dominante, hésitons à l’identifier ainsi. De même, nous, personnes blanches, hésitons à reconnaître et à remettre en question les privilèges qui sont nôtres.

Essayez de vous représenter des policiers armés qui perquisitionnent votre domicile en vous apprenant que votre fils vient d’être tué par un coup de feu. Je suis incapable de le faire.

Essayez de vous représenter que votre enfant a été abattu, et que tous les membres du jury ressemblent au tireur. Aucun d’eux ne vous ressemble ou ne ressemble à votre enfant. Je suis incapable de le faire.

L’Église n’est pas étrangère aux enjeux de racisme et de privilèges. En fait, de tels concepts ont été le fer de lance des politiques coloniales d’assimilation à l’endroit des Peuples autochtones, que nous, de concert avec le gouvernement, avons mis de l’avant dans les pensionnats autochtones. Ces concepts perdurent dans les préjugés que les personnes non autochtones ont souvent sans même le savoir. Comme le démontrent les conclusions de 2016 du Tribunal des droits de la personne au Canada, ces concepts imprègnent les politiques et les structures qui traitent les personnes autochtones comme inférieures aux autres.

Lorsque l’Église Unie s’est engagée à répondre aux appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation (CVR), nous nous sommes engagés à démanteler ces concepts, ces politiques et ces structures. Nous nous sommes engagés à bâtir de nouvelles relations. Nous n’avons pas sélectionné parmi les appels à l’action ceux que nous allions appuyer. À l’instar du gouvernement du Canada, nous avons promis de les appuyer tous. Et cela inclut les 18 appels concernant le système judiciaire.

En adhérant aux principes, aux critères et aux normes de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, nous affirmons notre conviction que les personnes autochtones ont le droit d’être libres de toute discrimination. Cela est parfaitement en accord avec notre croyance que « le racisme est un péché et qu’il contrevient à la volonté de Dieu pour l’humanité » (Que tous soient un : politique anti-racisme, 2001).

Je vous invite donc à réfléchir à la réponse du système judiciaire devant la mort violente d’un jeune homme autochtone, dans un Canada qui se déclare engagé à la réconciliation. Je vous demande d’y réfléchir en tant que membres d’une Église qui s’est aussi engagée à la réconciliation et à la lutte contre le racisme.

Aux membres des 64 communautés de foi autochtones de l’Église Unie et aux membres autochtones de l’Église en milieu urbain comme au sein d’autres communautés de foi, je veux dire que l’Église Unie va poursuivre ses efforts pour bâtir de nouvelles relations entre les personnes autochtones et non autochtones au Canada. Nous savons que les paroles ne suffisent pas pour accomplir cela. Il nous faut faire face à notre propre racisme et s’opposer aux systèmes de privilèges qui vous excluent de votre place légitime au sein des collectivités de vos nations et de ce pays.

À vous, membres de communautés de foi non autochtones au sein de l’Église Unie du Canada, je vous demande de réfléchir à ce que peuvent vivre et ressentir en ce moment les personnes autochtones avec lesquelles nous sommes en lien. Réfléchissez à ce que pourrait être votre réponse à cette situation, une réponse qui serait significative pour elles et qui pourrait contribuer à bâtir de nouvelles relations entre nous.

Que pouvons-nous faire? Nous pouvons prier pour tous ceux et toutes celles qui sont touchés par cette affaire, de même que pour toutes les personnes blessées par le racisme systémique sous-jacent. Nous pouvons prier pour que nous ayons la force de faire face à des vérités difficiles. Nous pouvons nous associer aux témoignages et aux expressions d’appuis publics. Nous pouvons nous renseigner davantage sur les changements recommandés par la CVR au système judiciaire canadien en ce qui concerne les personnes autochtones (Appels à l’action 25-42), et faire des représentations auprès de nos élus politiques pour que ces promesses soient tenues. Mais surtout, nous devons déceler le racisme en nous et nous opposer aux privilèges dont nous bénéficions.

En 1963, dans sa Lettre de la prison de Birmingham (Letter from a Birmingham Jail), dans laquelle il mettait au défi les blancs des Églises des États-Unis de remettre en question les valeurs, les politiques et les structures du racisme, le pasteur Martin Luther King fils, Ph. D., écrivait :

J’espère que cette lettre vous trouvera fermes dans votre foi. Espérons que tous les sombres nuages du préjugé racial seront vite chassés et que le lourd brouillard de l’incompréhension se dissipera sur nos communautés possédées par la peur, de sorte qu’un lendemain pas trop lointain les lumineuses étoiles de l’amour et de la fraternité brilleront au-dessus de notre grande nation, dans toute leur scintillante beauté.

C’est aussi mon espoir. Mais je sais bien que l’espoir ne suffit pas : pour tenir promesse et que le Canada devienne pleinement le pays qu’il peut être, il nous faut y travailler toutes et tous ensemble.

Tous unis,

Jordan Cantwell, pasteure et modératrice
L’Église Unie du Canada

 

Une réponse à

  1. SVD says:

    J’ai été profondément touché par cette déclaration et l’ai utilisée en grande partie à la place de mon message dominical habituel. Il a été bien reçu et suscite encore des commentaires.

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