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J’aime pas les bondieuseries

 

| CHRONIQUE | DU VENT! POUR CHANGER D’AIR… |

| par Didier Fiévet |

 

J’aime pas les bondieuseries. C’est pour ça que je suis devenu protestant. Sauf que j’ai de plus en plus souvent l’impression que même là, elles me rattrapent. Grave. Je continue pourtant à croire en un Évangile qui ne nous plonge pas dans un univers religieux, hors monde, mais qui nous met au monde. Littéralement, qui nous y jette1.

Il nous expose le monde. Dans sa faillite, dans son désastre. La figure du juste est mise à mort, d’un commun accord entre ceux qui s’estiment du bon côté de la morale, et ceux qui n’en ont que faire. L’Évangile soutient que cette tragédie constitue la défaite des dieux, la victoire d’un Dieu-Autre.

Les récits de Pâques montrent des disciples enfermés dans le désespoir d’habiter un tel monde, dans le deuil du héros vaincu, dans l’illusion d’un saint confinement. À chaque fois, les portes closes ont été enfoncées : une parole a fait effraction dans l’enceinte pieuse, en a dissipé les malentendus. Mais cette parole ouvre l’espace, depuis l’intérieur. Effraction du monde religieux, à l’aller et au retour!

L’Évangile est une parole qui prend chair dans notre réalité sécularisée. Pas dans la satisfaction religieuse d’un ordre recomposé par des dieux prometteurs, ni dans le refuge irénique d’un au-delà. Pas plus que dans la confortable exigence d’un ici-bas pieux : « Puisque avec le Christ, vous êtes morts à la logique religieuse, pourquoi vous remettez-vous sous le joug d’une ascèse qui ne fait que flatter votre orgueil? [….] Regardez plutôt aux véritables choses d’en haut : ce qui vous donne l’assurance d’être aimés, assez pour regarder en bas! » 2

Vivre, enfin délivré du poids du sacré, enfin délivré de toute dette envers un ordre supérieur du monde. Appelé, enfin, par son nom propre. Pleinement justifié, sans rien avoir à prouver. Nom propre, identité donnée, juste d’avoir été prononcé par un Dieu qui abîme sa parole dans le monde.

 

  1. Jean 10, à partir du verset 1 : « Jésus dit : “Oui, je vous le déclare, c’est la vérité : celui qui entre dans l’enclos des moutons sans passer par la porte, mais en grimpant par un autre côté, celui-là est un voleur, un brigand. Mais celui qui entre par la porte est le berger des moutons. Le gardien lui ouvre la porte et les moutons écoutent sa voix. Il appelle ses moutons chacun par son nom et les mène dehors. Quand il les a tous expulsés au dehors, il marche devant eux et les moutons le suivent, parce qu’ils connaissent sa voix.” »
  2. Libre traduction-interprétation de la Lettre aux Colossiens, fin du chapitre 2, début du chapitre 3.

 

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