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Faire bien avec moins : quelques clés de la résilience d’une Église solidaire

 

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| par Suzanne Grenier |

Encore peu connus de la population en général, évoluant avec des ressources qui se raréfient, les ministères en français de l’Église Unie du Canada font peut-être figure de coquilles de noix dans l’océan. Ces communautés animées par la foi et qui ont un penchant pour l’action solidaire se révèlent malgré tout bien équipées, spirituellement et humainement, pour faire face à la tourmente, tendre des bouées, accueillir des gens à leur bord et tisser des liens durables.

Aujourd’hui Credo fait un retour sur la traversée des derniers mois, en incluant les perspectives actuelles de pasteur·e·s qui accompagnent les membres des communautés de foi au milieu des temps incertains.

Revoyons donc les approches et initiatives qui ont été mises en œuvre et qui semblent avoir contribué à la résilience des communautés de foi depuis le début de la pandémie.

Photo : Elizabert Morgan, sur Unsplash.

 

 

 

Faire face à la réalité, avec sensibilité. L’Église Unie n’a pas tardé à reconnaître les risques et l’impact de la pandémie. Elle a relayé et respecté les consignes des autorités de la santé publique, en soutenant le travail et les rassemblements à distance, et en encourageant son personnel et ses membres à adopter des pratiques favorables à la santé physique et mentale. Cette bienveillance s’est exprimée à l’échelle des équipes de travail, des comités et autres regroupements : lors de toutes les réunions, on s’est mis à prendre davantage le temps de se parler, y compris de la dimension émotionnelle, et de vérifier comment allaient personnellement les participant·e·s, ainsi que leurs proches et leurs réseaux. Les circonstances ont incité à mettre en valeur l’écoute pastorale dans les contextes qui s’y prêtaient. D’une manière générale le fonctionnement s’est humanisé, sur la base des valeurs chrétiennes déjà enracinées dans la culture de l’Église, mais que la recherche d’efficacité met parfois en veilleuse.

 


Nous le voyons dans les écrits bibliques, les premières communautés chrétiennes ne misaient pas uniquement sur des cultes le dimanche pour vivre leur foi. C’est l’appui, l’entraide, l’amour et le partage qui étaient au cœur de leur vie collective. – Éric Hébert-Daly, responsable des Ministères en français (MIF)

La situation a permis de nous recentrer sur notre identité première, qui n’est pas limitée à des lieux ou temps de rassemblement, mais est axée sur la relation entre les personnes pour partager l’espoir de l’Évangile. – Angelika Piché, pasteure et directrice de la formation en français au Séminaire Uni


 

S’adapter en tirant parti des technologies, par l’entraide et en pensant aux plus vulnérables. Les pasteurs·e·s et les communautés de foi se sont serré les coudes pour faciliter l’apprentissage accéléré des outils de communication à distance. Des célébrations et autres rencontres liturgiques en ligne ont très vite été organisées, pour maintenir l’esprit de communauté malgré la distanciation. Une participation régulière s’est établie, et on a même observé une croissance dans certains cas, y compris la présence de personnes qui avaient cessé de fréquenter les lieux de culte traditionnels. Pour assurer un filet, le téléphone et les visites distanciées ont préservé le contact avec les personnes les plus isolées. De nouvelles habitudes de collaboration ont émergé, par exemple, une rencontre hebdomadaire des pasteur·e·s, incluant l’équipe des MIF, et aussi des concélébrations réunissant des communautés de foi de régions différentes. Surmonter les distances géographiques, en incluant même des participant·e·s d’autres pays, a été un gain du fonctionnement en ligne. La modification obligée des pratiques a en outre été une intéressante occasion de réfléchir au sens de certains rites, par exemple la célébration de la Sainte-Cène. Pour la célébration de la communion mondiale, ce 4 octobre, il y a un projet de vidéoclips de différent·e·s pasteur·e·s à travers le monde qui briseront le pain en lisant un texte biblique dans différentes langues. Voilà un autre exemple d’un rapprochement porteur de signification qui devient possible à l’aide des technologies.

Dans l’ensemble, un travail très exigeant a été accompli, et on espère qu’il sera possible de maintenir les ressources humaines en nombre suffisant pour le poursuivre.

 


Alors que certains se préparent à retourner aux lieux de culte, comment maintenir le contact avec les gens qui ont commencé à fréquenter nos activités à distance? Le phénomène de la fatigue « Zoom » est réel, mais quelles seront les options si la deuxième vague déferle sur nous? Nous avons mis à l’essai des formules hybrides, avec certaines personnes qui participent sur place et d’autres à distance, et cela a somme toute donné lieu à de belles expériences. Techniquement, ce n’est pas si compliqué. Toutefois, cette solution est difficile à mettre en place dans des églises historiques non conçues pour la diffusion sur le Web, ou pour les communautés qui ne sont que locataires et doivent constamment installer et désinstaller l’équipement. Nous allons continuer à nous entraider. – Darla Sloan, pasteure à l’Église Unie Saint-Pierre et Pinguet


 

Trouver réconfort et inspiration dans la prière, en connexion avec le monde réel. Une nouvelle initiative, l’infolettre Notre lien quotidien, composée d’une prière et d’un calendrier des activités, a manifestement répondu au besoin de pallier à la distanciation sociale à la fois de manière concrète et sur le plan spirituel – et il est encore possible de s’y abonner! Les deuils auront été nombreux depuis le bouleversant printemps 2020, et la spiritualité est l’une des ressources importantes pour les « communautés de bienveillance » que l’on cherche à former. Des prières et des rituels rassembleurs, des mots qui touchent et ouvrent le cœur, nourrissent l’espoir, sans pour autant être déconnectés de la réalité. La célébration de Pâques et la célébration de la Pentecôte, accessibles sur YouTube, ont aussi été portées par cet esprit de rapprochement, en reflétant le caractère profondément interculturel des ministères en français de l’Église Unie. Elles ont traversé les fuseaux horaires, et des personnes à travers le monde les ont visionnées. Une autre expérience liturgique marquante a été Unis contre le racisme, un temps de culte, de prière et de réflexion bilingues préparé par le réseau du personnel ministériel noir de l’Église Unie du Canada et diffusé sur les principales plateformes de communication.

 


Bien sûr, les nécessaires mesures de confinement contribuent à ce phénomène, mais j’ai l’impression que les gens ici ont tendance à se barricader dans des domaines privés, et puis à perdre le moral en s’isolant. En Afrique d’où je viens, le poids des difficultés est très lourd, et cela depuis longtemps. Pourtant, les gens expriment une certaine joie et gardent le courage d’avancer. Je me demande comment nous pourrions partager cette capacité avec la population des pays qui nous ont accueillis. – Isaac Kamta, pasteur à la Mission protestante francophone de l’Église Unie à Toronto


 

Reconnaître notre interdépendance, s’engager pour la justice. Les catastrophes ont en général le potentiel de diviser autant que de rapprocher. Au sein de l’Église Unie, la pandémie a avivé la conscience déjà sensible à l’interrelation entre les groupes qui composent la société, ainsi qu’entre le « local » et l’« international ». La collecte de fonds reflète cet équilibre complémentaire même dans un contexte de restrictions budgétaires, en permettant de diriger les dons tant vers les Ministères en français que vers le volet Mission & Services.

À l’échelle du Canada, l’Église Unie a pris part à la campagne pour l’instauration d’un programme de revenu universel de base. Au Québec, des membres se sont mobilisé·e·s en appui aux demanderesses et demandeurs d’asile qui œuvrent dans les « services essentiels de la santé ». Un travail se fait aussi en première ligne – par exemple à la Maison Saint Columba et à la Mission communautaire de Montréal – auprès des populations démunies et des réfugiés.

Plusieurs membres des communautés de foi viennent d’Afrique, d’Amérique latine et d’ailleurs, et l’information a circulé concernant les réalités de plusieurs régions du monde, invitant à être solidaires. En lien direct avec des partenaires internationaux, l’Église Unie a poursuivi durant la pandémie son engagement dans plusieurs programmes et initiatives, dont : au Soudan, un soutien aux familles par le biais de la Banque canadienne des grains; un appel à intensifier l’aide aux personnes confrontées à la pauvreté extrême en Amérique latine; une contribution à des écoles, cliniques et divers ministères sociaux avec l’Église méthodiste d’Haïti; des interventions aux côtés du Conseil des Églises du Zimbabwe pour appuyer les familles qui n’ont pas les moyens de pratiquer la distanciation sociale; la défense des droits de la personne à la suite de violentes arrestations aux Philippines.

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Dans ces temps difficiles, les ministères en français de l’Église Unie sont touchés mais tiennent bon, en tentant non pas tant de faire plus, mais plutôt de faire bien avec moins. Les clés de cette résilience se trouvent probablement dans l’ouverture au monde réel, à la diversité et au changement, et dans la confiance en l’Esprit qui anime les communautés interculturelles ayant choisi d’évoluer ensemble.

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