L'Église Unie du Canada

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Être une organisation évolutive

| ARTICLES ET REPORTAGES |

|Par Suzanne Grenier |

 

L’Église Unie contribue à la mouvance actuelle pour la décolonisation et l’accueil de la diversité. Voyons comment, très concrètement, elle se transforme.

Pari de foi Audace d'espérance - Bannières en plusieurs langues

 

De filiation protestante, l’Église Unie du Canada porte pratiquement dans ses gènes l’élan de faire les choses autrement. Des réformes du 16e siècle il subsiste chez elle un refus des dogmes, à la faveur d’une interprétation vivante de la Bible. La naissance de cette église, en 1925, vient cependant d’un mouvement unificateur de trois confessions. Son on acte de foi se condensera dans l’énoncé « Nous ne sommes pas seuls ». Sans effacer les dissensions, le cœur du message biblique se révèle plus pacificateur qu’antagonique.

Et nous voici, presqu’un siècle plus tard, devant une Église Unie qui actualise ces traits fondateurs – dans un contexte à la fois nouveau et chargé d’histoire. Concentrons-nous sur ce moment charnière qu’est le 43e Conseil général (CG).

Qu’est-ce qui retient particulièrement l’attention, en 2018, dans cet exercice?

 

Les renvois

Dans la culture démocratique de l’Église Unie, les « renvois » représentent une manière de prendre des décisions qui accorde une période de réflexion et d’interaction adaptée à la nature de ce qui est proposé – s’il s’agit d’orientations majeures, le processus peut prendre plusieurs années. C’est le cas des renvois relatifs à la « révision globale » qui cheminent depuis le 42e CG tenu en 2015 et ont été promulgués ces derniers jours.

Tout en essayant de préserver son identité, l’Église d’aujourd’hui procède ainsi à un allégement de ses structures et s’oriente vers un développement en réseau qui ouvrira la porte à des communautés plus diversifiées. À sa façon, elle s’efforce de relever de manière constructive les défis auxquels font face un grand nombre d’organisations aujourd’hui. La pasteure Cathy Hamilton explique que ces changements ne surviennent pas sans déchirements.

 

 

 

La décolonisation et l’accueil de la diversité

De manière très notable, le 43e CG est porteur et provocateur de prises de conscience qui touchent des zones extrêmement sensibles de la vie collective aujourd’hui. Tant lors des ateliers du Festival de la foi que dans le programme des discussions et des décisions du 43e CG, plusieurs thèmes remettent en question les relations de pouvoir par lesquelles les identités et les pratiques reproduisent des privilèges et de l’exclusion, et font ressortir la nécessité de reconnaître et de réparer les traumatismes personnels et les atteintes au tissu social que cela a engendré au fil du temps.

En 2016, l’Église Unie a adopté la Déclaration de l’ONU sur les droits des peuples autochtones et a reconnu que, pendant de nombreuses années, ses pratiques ont eu pour résultat d’exclure les peuples autochtones des processus de vision, de leadership et de prise de décision. Le 43e CG a fait un pas décisif en acceptant dimanche dernier les Appels à l’Église adressés par les intendants et les intendantes du Cercle autochtone, un groupe de leaders autochtones provenant de partout dans l’Église Unie du Canada. Les discussions porteront maintenant sur la mise en œuvre des mesures qui visent l’autodétermination, accompagnée d’une possible « double appartenance ».

En 2015, le 42e CG avait amorcé une autre démarche importante de dialogue et de réparation, cette fois auprès des personnes LGBTQ2+, avec le projet Irisation. Pour célébrer les 30 ans de la décision de permettre aux personnes de toutes les orientations sexuelles d’être membres de l’Église et de son personnel ordonné, il s’agissait d’offrir une occasion d’expression authentique aux personnes touchées par l’homophobie qui a pu subsister. Le 43e CG a reçu l’éclairage des témoignages ainsi recueillis. Il se demandera aussi comment l’Église Unie du Canada pourrait contribuer à la lutte mondiale pour la protection des droits fondamentaux des communautés LGBTBA+ et contre les problèmes liés à l’homophobie fondée sur des motifs religieux. Un dialogue a été entrepris avec des personnes qui souhaitent sa collaboration. L’activiste trans Dani Sia Choi, de la Corée du Sud, était au Festival de la foi pour en parler.

 

Alors que des démarches de reconnaissance et de réparation se poursuivent, plusieurs autres thèmes seront abordés et toute une gamme de propositions dont plusieurs finissent par être intersectionnelles – par exemple, celles qui ont trait au capacitisme et à l’accessibilité – seront l’objet de discussions. Le délégué Carno Tchuani Jiembou se réjouit de cette ample ouverture à la diversité.

La réflexion sur l’interculturalisme ouvre enfin la porte à ce que pourrait être un renouveau engendré, patiemment, dans le respect et la mutualité. Samuel Dansokho, Isaac Kamta et Angelika Piché en ont parlé dans un Facebook en direct que l’on peut revoir.

 

Comment se vit l’interculturalisme au sein de l’Église Unie du Canada?

Posted by L'Église Unie du Canada on Sunday, July 22, 2018

L’essai d’une formule propice à de vrais consensus

Tout particulièrement dans un contexte où prennent forme des changements substantiels, une grande attention a été accordée à la manière dont allaient se prendre les décisions au 43e CG.

Dans les mois précédant la rencontre, les personnes délégués ont été invitées à identifier des thèmes sans préciser les résultats escomptés, ainsi qu’à suggérer la tenue de discussions sur des questions précises. Ensuite, l’ordre du jour a été constitué sur la base des 10 thèmes/enjeux jugés prioritaires par l’ensemble des personnes déléguées. Enfin, la prise de décision elle-même durant le CG se déroule en trois étapes distinctes :

Phase 1 – L’ÉCOUTE (présentation de la proposition, questions et réponses pour préciser les enjeux et les conséquences);

Phase 2 – LA DISCUSSION (échanges d’idées, de réflexions, d’arguments, exploration des points positifs et des points négatifs; suggestions pour peaufiner la proposition, affirmations, établissement des principes/paramètres

Phase 3 – LA DÉCISION (derniers débat et peaufinage de la proposition en plénière; élaboration d’un consensus, vote).

Il sera très intéressant de faire avec le bilan de ce mode de fonctionnement. Le pasteur Étienne LeSage s’y est engagé avec enthousiasme et se réjouit d’en sonder le potentiel.

 

 

Plusieurs lentilles pour interpréter la Bible et comprendre le monde

Dans un contexte social multireligieux et largement laïc, l’Église Unie poursuit son parcours et sa transformation, selon ses propres termes, comme un « Pari de foi » et une « Audace d’espérance ».

Sans doute partage-t-elle toutefois les préoccupations de bien des personnes et organisations – religieuses ou non – qui sont en quête de modes d’existence viables, et qui se demandent comment répondre aux appels à l’action devant la souffrance et l’injustice.

Ainsi, auprès de ces individus et groupes d’affinité, l’Église Unie peut offrir un milieu d’appartenance, devenir une alliée et, peut-être, modestement, se profiler comme un exemple inspirant.

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