L'Église Unie du Canada

Menu

Depuis la France, quelques réflexions tirées de l’expérience du confinement de la vie paroissiale

| ARTICLES ET REPORTAGES |

| par Jean Loignon |

 

Église protestante baptiste libre, à Saint-Nazaire, en France. Photo : Jean Loignon.

 

De mémoire protestante, on n’avait jamais vu cela : la fermeture des temples et autres lieux de culte. Il faudrait remonter à la Révocation de l’Édit de Nantes (1685!) pour trouver un exemple approchant. Mais c’était alors par un acte d’absolutisme arbitraire, alors que la présente décision a été consensuelle, du moins en France.

La réactivité de l’Église et des paroisses a été remarquable, et des dispositifs inimaginables il y a seulement trois mois ont été mis en place en un temps record. Quand on connaît le poids des habitudes dans les paroisses, cela tient du miracle, c’est-à-dire le signe que la nécessité nous donne des ailes.

Le recours à des outils numériques a été généralisé : l’utilisation de YouTube pour filmer les cultes se pratiquait déjà, celle de Zoom et de ses applications jumelles a séduit par sa souplesse et son potentiel d’interactivité.

Le confinement a donné à beaucoup (mais pas à tous) du temps, et la privation de rencontres et de contacts humains nous a poussés à « aller voir ailleurs » en matière d’activités ecclésiales. Un ailleurs parfois fort loin : personnellement, j’ai pu maintenir des liens étroits avec l’Église Unie du Canada depuis la France, car les distances considérables dans ce pays l’ont depuis longtemps convertie aux outils numériques, notamment pour les réunions de travail. Les Églises peuvent et doivent s’enseigner mutuellement.

L’expérience des cultes-Zoom a été très riche : le fait de se voir face à face a été d’un grand réconfort psychologique ; le culte est allé à nous, dans l’intimité de nos intérieurs, et une certaine souplesse a sûrement convenu à des membres de l’Église que rebutait le déplacement dominical vers un temple, parfois éloigné en région de dissémination. Aller au culte traditionnel a d’incontestables avantages, mais il faut aussi reconnaître que c’est une démarche qui vous rend « captifs » dans un lieu et pour un temps. Cela ne se fait pas de siroter son café pendant la prédication, et aucune coupure vidéo ne vous rend invisible, si tel est votre souhait.

La logique de desserte géographique se trouve donc interpellée et la gestion territoriale des lieux de culte ne pourra faire l’impasse à l’avenir de cette expérience. Il ne faudrait pas appréhender cette mutation en termes de concurrence plus ou moins loyale – les paroisses n’ont pas toutes les mêmes ressources humaines et matérielles – mais comme un possible partage de richesses.

Les cultes à distance nous amènent à réfléchir à leur sens. Un culte filmé sur YouTube dans un temple vide met l’accent sur la figure et le rôle du pasteur ou de l’officiant assurant la liturgie et la prédication. Un culte Zoom avec sa mosaïque de visages rend davantage visible une communauté devenue invisible ; les dispositifs de « conversation » permettent l’intervention en direct et peuvent nourrir, par exemple, l’intercession ou les annonces.

Même interrogation pour la Cène. À la différence de nos frères catholiques pour qui l’eucharistie fonde la messe, nous protestants pouvons nous abstenir de la Cène, car ce sera toujours la parole prêchée qui primera. Mais nous ne pourrons faire longtemps l’économie d’une réflexion sur ce sacrement, permettant éventuellement sa mise en œuvre à distance. Qu’est-ce qui fonde en effet la Cène? La vision de l’invocation, de la fraction et du partage du pain et du vin par les mains du pasteur ou de l’officiant ou bien l’acte de mémoire du dernier repas du Christ par une communauté rassemblée même virtuellement où chacun prendra chez soi le pain et le vin du sacrement? Est ouvert un débat qui se rapproche des thèses luthériennes dans le premier cas et de celle de Zwingli et Calvin dans le second.

Reste que si l’impossibilité de se réunir venait à durer, la question de nos deux sacrements, celle des confirmations, des bénédictions de mariage ou des cultes d’inhumation finiraient par se poser. La solution est évidemment dans l’espérance d’une amélioration de la situation, et il nous incombe d’aider cette espérance ; mais nous pourrons compter demain comme aujourd’hui sur un saint esprit de réforme et d’imagination au service l’Évangile.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *