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Daniel Cordier (1920-2020), un jeune homme sur une ligne de crête

 

| ARTICLES ET REPORTAGES |

| par Jean Loignon |

 

Daniel Cordier à Delville Camp (Grande-Bretagne) en juillet 1940. © Musée de l’Ordre de la Libération.

 

Qu’est-ce qui a pu mener un jeune Français né dans un milieu ultraconservateur, catholique et antisémite à joindre les rangs de la Résistance et à y jouer un rôle clé?

Il y a peu de raisons pour que le public québécois, à moins d’être féru d’histoire de la Seconde Guerre mondiale, connaisse le nom de Daniel Cordier, décédé ces jours-ci à l’âge de cent ans. L’homme fut de ceux qui refusèrent la défaite de la France en 1940 et à vingt ans, il rejoignit l’Angleterre pour continuer la lutte aux côtés du Général de Gaulle. Formé à l’action clandestine, Daniel Cordier fut parachuté dans la France occupée et fut le secrétaire de Jean Moulin, l’unificateur de la Résistance intérieure, jusqu’à l’arrestation de ce dernier par la Gestapo qui le fit mourir sous la torture. Il courut donc des dangers extrêmes et il était l’avant dernier survivant de l’Ordre des Compagnons de la Libération, créé par de Gaulle pour honorer les plus valeureux des combattants de la France Libre et de la Résistance.

Ce parcours d’exception ne fut pas unique; mais ce qui retient l’attention dans le cas de Daniel Cordier, ce sont les prémices de sa vie juvénile qui auraient dû le conduire à un engagement inverse.

Le jeune homme, né à Bordeaux dans un milieu ultraconservateur, catholique et antisémite, s’était engagé dans l’Action française, le mouvement royaliste d’extrême droite de Charles Maurras, homme politique qui accueillit la victoire des nazis comme « une divine surprise ». Autrement dit, il s’en est fallu de peu pour que Daniel Cordier, qui en avait le parfait profil, ne rejoigne le camp des « collabos » du régime de Vichy, où il aurait pu espérer une brillante carrière.

Il choisit une tout autre voie et en côtoyant Jean Moulin, ancien préfet républicain de gauche auquel il voua toute sa vie une admiration sans bornes, il abandonna ses convictions extrêmes; de même, raconte-t-il, la simple vue dans Paris occupé d’un père et de son enfant portant l’étoile jaune cousue sur leurs vêtements lui ouvrit les yeux sur la réalité de l’antisémitisme.

La situation de ces hommes et de ces femmes, qui, avançant dans la vie sur une ligne de crête, basculent dans des côtés si opposés avec les conséquences tragiques qu’on imagine, fascine et questionne. Pourquoi?

Adolescent, Daniel Cordier fut scolarisé dans un collège catholique. Il y prit conscience de son homosexualité, une situation en rupture extrême avec son milieu et son époque, ressentie probablement comme une faille dans la construction de sa personnalité. Daniel Cordier a toujours assumé cette différence, mais resta pudique sur ses conséquences : il emporte la réponse avec lui, mais « s’il y a une fissure dans toute chose, c’est ainsi qu’entre la lumière. » (Léonard Cohen)

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