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Contre le racisme, chacun, chacune et tous ensemble

| ARTICLES ET REPORTAGES |
| par Suzanne Grenier |

 

Une liturgie concélébrée par 16 membres du personnel ministériel noir de l’Église Unie du Canada creuse sous la couche superficielle des débats entourant le racisme et éclaire une voie de libération.

Celle-ci passe par la reconnaissance des souffrances anciennes et actuelles découlant de l’esclavage, l’expression d’une colère légitime et d’un désir de justice, la mise en valeur de la force de résistance à l’oppression et l’appel de Dieu à aimer, activement.

Nous sommes dans un virage d’une histoire substantiellement gardée enfouie.

 

Le dimanche 14 juin, s’est tenu sur les principales plateformes de communication Unis contre le racisme, un temps de culte, de prière et de réflexion préparé par le réseau du personnel ministériel noir de l’Église Unie du Canada. Quelques milliers de personnes en ont à ce jour visionné l’enregistrement, et il est encore possible de le revoir en différé (la traduction simultanée en français offerte en direct sur Zoom n’est malheureusement pas accessible pour l’instant en rediffusion).

« Durant ce culte, nous exprimerons nos lamentations, notre espérance et nous réaffirmerons la nécessité d’agir contre le racisme », précisait l’invitation. Les 16 concélébrants et concélébrantes se sont relayés pour livrer des prières et des interprétations bibliques, et aussi se faire entendre dans leur propre expérience. Cet acte de visibilité et de partage appelle une écoute en profondeur.

Qu’ont-ils – chacun, chacune et tous ensemble – communiqué?

Comment recevons-nous – chacun, chacune et collectivement – leurs messages?

 

Faire un geste pour s’éclairer

Sept bougies ont été allumées pour ponctuer les différentes parties du culte. Le pasteur Paul Douglas Walfal en avait expliqué la signification dans un mot de bienvenue : « Veuillez noter qu’une bougie ne peut être allumée uniquement par la pensée ou par des mots. Pour allumer une bougie, il faut faire un geste. Ces bougies symbolisent la lumière de Dieu, et pourtant nous rappellent que nous avons un travail à faire ».


Nous allumons une bougie…

…à la mémoire des ancêtres et en particulier de nos ancêtres qui ont subi la cruauté de l’esclavage en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et dans les Caraïbes;

…pour rappeler toutes les personnes qui ont souffert à cause du racisme;

…pour reconnaître la force de résistance du peuple noir face au racisme;

…pour ne pas oublier que nous sommes appelés et appelées à aimer;

…pour renouveler notre engagement à rechercher activement la justice;

…tandis que nous persévérons dans notre engagement à mettre fin au racisme pour le bien de nos jeunes et de nos enfants;

…pour représenter notre espérance d’un jour nouveau.


Où nous trouvons-nous – chacun, chacune et collectivement – sur ce qui se dessine flamme après flamme, en référence à plusieurs siècles d’histoire, jusqu’à aujourd’hui et demain, comme un parcours de libération?

 

Retrouver l’air et le vent

Parmi les voix qui s’alternent dans Unis contre le racisme, il y a celle du pasteur Adam Kilner, à l’accompagnement musical, dont l’album intitulé Freedom Tapestry sera bientôt lancé.

Et il y a la voix du pasteur Andrew Kinoti Lairenge, qui dans une prière d’invocation rappelle l’histoire du peuple juif puis celle des descendants et descendantes des peuples africains, à travers quatre siècles de souffrances liées à l’esclavage. « Sois avec nous ici aujourd’hui alors que nous nous consolons mutuellement dans notre rage, nos lamentations et notre espoir. C’est en toi, Ô, Dieu, que repose en ce moment notre capacité de Respirer. »

Et puis il y a celle de Lisa Byer-De Wever, lisant le poème Flying Boy, de Cassandra Powell. « Ils ont dit que l’air n’était pas fait pour moi, que mes pieds n’étaient pas destinés à chevaucher le vent… »

Et puis la voix de la pasteure Marjorie Lewis, qui porte la prière de lamentation d’un peuple qui se sent abandonné, écrasé depuis longtemps. « Pour toi, Ô, Dieu, mille siècles ne sont qu’une nuit, mais pour nous qui ressentons le poids du racisme sur notre cou, une nuit semble durer mille siècles. Combien de temps, Ô, Seigneur? Combien de temps encore devons-nous attendre ton aide? »

Puis vient la voix du pasteur Samuel Vauvert Dansokho, qui raconte son histoire, commencée il y a près de 70 ans à Saint-Louis, le long de la rivière Sénégal. Dix-huit ans en Afrique de l’Ouest, puis des études en France, un retour au Sénégal, l’ordination, un mariage, et la vie aux États-Unis, et ensuite au Canada, un temps à Québec et maintenant à Sherbrooke. Mais au fond, une histoire plus ancienne, que traduit son nom, Samuel Vauvert, hérité de son grand-père ainsi surnommé d’après le village huguenot de Vauvert, en France, où selon les archives il aurait été rescapé d’une caravane d’esclaves, à l’âge de 10 ans. « Cette histoire doit être racontée, avec toutes les luttes, la foi, l’humiliation, la résilience, la force et les espoirs qui viennent avec… »

Suivra la voix d’Yvette Swan, et sa lecture des versets 1 à 6 et 13 à 18 du chapitre 139 des Psaumes. « Je te loue d’avoir fait de moi une aussi grande merveille!… » Un passage biblique que reprendra ensuite la pasteure Thérèse Samuel dans sa réflexion : « Et ces paroles dites, ou plutôt chantées par le ou la psalmiste sont des paroles dont nous devons nous laisser imprégner, afin que nous puissions les chanter aux gens brisés dans un monde brisé. » Le message est porté loin par la voix de la pasteure : « Tout sentiment, croyance ou système qui traite quiconque et toute partie de la création autrement fait fausse route. […] Et si aujourd’hui je me concentre sur le racisme à l’endroit des personnes noires, je pourrais évoquer plusieurs autres formes d’oppression contre des personnes et des groupes qui ont été merveilleusement créés, mais qui font aussi face à une structure sociale qui les infériorise par rapport à ce à quoi Dieu les destinait – racisme, sexisme, capacitisme, âgisme, hétérosexisme, cisgenrisme, classisme, colonialisme, et la liste continue… »

D’abord inaudible en raison d’un problème technique (il faut visionner la version complète éditée pour entendre son témoignage), la voix du pasteur Nicholas Forrester a évoqué son histoire, les innombrables situations de racisme que sa famille a subies, dans la vie de tous les jours, à la garderie et à l’école, sur le marché du travail, et aussi à l’église. « Le racisme m’a affecté au point où je ne célèbre pas le Mois de l’histoire des Noirs, afin de ne pas prolonger ou approfondir des sentiments de colère, d’amertume et de haine à l’égard des Blancs. » À l’instar du professeur Enrique Neblett qu’il cite, le pasteur appelle des gestes concrets  : « des actions collectives (durables et non violentes) pour démanteler les structures existantes (et les systèmes et politiques qui servent à opprimer, réprimer et supprimer les personnes noires) afin de promouvoir l’égalité… »

C’est par la voix de la pasteure Sadekie Lyttle-John qu’a été lu blooming bones, un poème de Karen Georgia Thompson, pasteure de l’Église Unie du Christ, inspiré des premiers versets du chapitre 37 d’Ézéquiel : « La puissance du Seigneur s’empara de moi ; son Esprit m’emmena et me déposa dans une large vallée couverte d’ossements. Le Seigneur me fit circuler partout parmi eux, dans cette vallée : ils étaient très nombreux et complètement desséchés. Alors le Seigneur me demanda : “Fils d’Adam, dis-moi, ces ossements peuvent-ils reprendre vie?” » Voici la dernière strophe du poème :

larmes
gouttes de pluie
eaux d’espérance
éclaboussant rêves et visions
le Mystère de la poussière transformée en boue
pollen des arbres
ces ossements vivent
d’eux émergent des pétales
des ossements en fleur
dans la vallée
une nouvelle génération voit émerger l’espoir
se tient debout dans la vallée
contemple ces ossements
prophétise la vérité

 

La diacre Marlene Britton a ensuite prêté sa voix à une prière de justice, dans les mots du pasteur Lloyd Nyarota. « Seigneur aimant, merci à Toi pour le merveilleux exemple de Ta vie, animée par l’esprit et l’amour. Une vie qui a démontré de l’amour autant que de la justice, une vie à prendre soin de toute l’humanité, en particulier des personnes faibles, blessées ou marginalisées, ou de celles qui sombraient dans le désespoir ou la pauvreté… »

A suivi la voix de la pasteure Yvonne Terry, qui a fait lecture d’un passage de l’Apocalypse : « Après cela, je vis une foule immense que personne ne pouvait compter. C’étaient des gens de tout pays, de toute tribu, de tout peuple et de toute langue. Ils se tenaient devant le trône et devant l’agneau… » Un verset qui inspirera une réflexion du pasteur Anthony Bailey. S’appuyant sur le grec biblique pour saisir le sens des mots, celui-ci posera d’abord la question « Que sommes-nous donc censés discerner clairement, vivre et ressentir, et non seulement remarquer? Ce n’est rien d’autre que la diversité, la multitude et les variations qui constituent le peuple du monde dans son ensemble… » Mais il y a un mais, un grand mais, ajoute le pasteur, qui retracera ensuite un long parcours depuis l’invention du mythe de la race par des philosophes européens au XVIIe siècle jusqu’au racisme systémique que l’on connaît aujourd’hui – ce qui inclut l’histoire coloniale et les pratiques esclavagistes du Canada, ainsi que ses politiques racistes à l’endroit de personnes venues d’ailleurs, comme les travailleurs chinois du chemin de fer et les citoyens canadiens d’origine japonaise emprisonnés durant la guerre. « Que l’Esprit de Dieu nous anime pour que nous soyons des témoins croyants de la Bonne Nouvelle, dans notre lutte contre le racisme et pour la justice raciale et l’épanouissement humain de tous les membres du peuple de Dieu… »

Puis la voix de la diacre Marlène Britton a porté une prière d’espérance. « Saint-Esprit, consolateur omniprésent, sois le baume dont chacun et chacune de nous avons besoin. Et tandis que tu nous guéris, imprègne-nous de ton espérance. Les Écritures nous rappellent ton espérance qui nous aide à ne pas avoir honte, car l’amour Dieu a rempli nos cœurs par la voie du Saint-Esprit… »

Enfin, il y a eu la voix du pasteur Japhet Ndhlovu, dans une prière d’action, orientée vers le temps présent : « En ce moment de l’histoire, alors que les institutions religieuses, nos ressources, nos symboles et nos identités sont abusés et manipulés pour haïr et rendre l’injustice et l’exploitation légitimes, il est nécessaire de mettre les sources du privilège de côté et de vivre à l’image de Jésus, qui en son temps a rejeté ces mêmes pouvoirs pour mieux obéir à Dieu… Nous prions contre les forces de l’injustice. Nous dénonçons les démons des préjugés… »

Avant que tous et toutes se dispersent, le pasteur Michael Blair a formulé une bénédiction :

Que Dieu vous bénisse avec une rage sainte contre l’injustice, le racisme et l’oppression, et l’exploitation des humains, pour que vous puissiez travailler d’arrache-pied pour la justice, la liberté et la paix entre tous les peuples. […]

Que Dieu vous bénisse avec assez de folie pour vous permettre de croire que vous POUVEZ changer ce monde, pour que vous soyez capables de réaliser, par la grâce de Dieu, ce que d’autres estimeront impossible.

 

 

Une réponse à

  1. Porret says:

    vu sur you tube puis lu, très ém0uvnt et riche de nos faiblesses pas encore accueillies et consenties. Ils nous mette en route vers une relation autre et possible, Du fond du cœur merci ! Jean Porret

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