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Circuit de fêtes païennes, religieuses et laïques | Depuis les feux de la Saint-Jean

| RUPTURES ET FILIATIONS | HISTOIRE-GÉOGRAPHIE |

| Par Jean Loignon |


Ce texte fait partie de RUPTURES ET FILIATIONS, la démarche exploratoire entreprise par Aujourd’hui Credo en vue de retracer les migrations des symboles, des valeurs et des attitudes associés aux religions à travers les lignes de fracture du monde actuel.


 

Circuit de fêtes païennes, religieuses et laïques est une série de textes historiquement documentés sur le parcours parfois étonnant des rites et des symboles associés à des fêtes datant souvent d’avant le christianisme et que nous célébrons encore aujourd’hui tantôt en France, tantôt au Québec et aussi dans d’autres régions du monde.

 

Montage photo (fragments) : Feu de la Saint-Jean (Hans Braxmeier sur Pixabay); La Visitation; Fête nationale du Québec; Fête de la musique (Jean-Pierre Dalbéra sur Pixabay).

 

Au commencement était le soleil que le jour le plus long du solstice d’été mettait en majesté, pendant symétrique de l’obscurité du solstice d’hiver et de sa peur ancestrale de ne pas voir le retour de la lumière. Le feu était le symbole tout désigné pour célébrer la victoire de la lumière et de la chaleur avec la promesse d’une nature nourricière. Et ce, depuis la préhistoire, puisque des alignements mégalithiques semblent déjà témoigner d’une dévotion solaire.

L’Église médiévale ne pouvait qu’assimiler en les christianisant ces rites païens extrêmement populaires dans une Europe profondément rurale et agricole. Ayant déjà neutralisé le culte solaire des jours sombres en lui substituant la célébration de la Nativité du Christ, elle joua habilement de l’imbrication des récits de naissance de Jean le Baptiste et de Jésus. Le premier, raconte l’Évangile de Luc, avait tressailli de joie dans le ventre de sa mère Élisabeth, quand Marie, elle-même enceinte de Jésus, était venue visiter sa parente.

La fixation volontaire au 25 décembre de la naissance de Jésus impliquait la date du 25 mars pour l’annonce de la grossesse de Marie et l’émoi utérin de Jean, ce dernier devant naître trois mois après dans une seconde Nativité estivale. Le léger décalage entre le jour précis du solstice – 21 ou 22 juin – et la date de la Saint-Jean permettait de prendre ses distances par rapport à la fête païenne, tout en en gardant les rites. Cueillir certaines plantes comme le millepertuis ou la sauge au matin de la Saint-Jean en décuplait les vertus ; les feux de joie en plein air tenaient une grande place et quand les flammes baissaient, sauter par-dessus garantissait aux jeunes couples la solidité de leur amour ; même les cendres soigneusement recueillies gardaient l’année durant un pouvoir guérisseur…

Ces coutumes répandues avec des variantes dans toute l’Europe arrivèrent au Canada avec les colons de la Nouvelle-France, avec peut-être une intensité particulière due à la brièveté des étés canadiens. Assez logiquement, la Saint-Jean-Baptiste devint une fête populaire, et quand les vicissitudes historiques contraignirent les Canadiens français à défendre leur identité face au pouvoir britannique, cette célébration prit une tournure plus politique. C’est en 1834, peu de temps avant la rébellion des Patriotes que se constitua le réseau des Sociétés Saint-Jean-Baptiste, fer de lance de la défense des intérêts franco-canadiens. L’Église catholique, tout en se soumettant à la couronne anglaise, défendit de fait l’identité franco-canadienne, moyennant un extrême contrôle spirituel et social sur ses ouailles. Chaque 24 juin voyait défilés et processions, qui, pour catholiques qu’elles fussent, maintenaient la flamme et l’espoir d’un Québec affranchi de ses tutelles.

La Révolution tranquille marqua le passage de relais vers une laïcisation de la Saint-Jean, dont les manifestations militantes connurent leur apogée au moment de l’élan souverainiste québécois des années 70-90. Toute une génération se souvient de Félix Leclerc, Gilles Vigneault et Robert Charlebois chanter « Mon pays » devant la foule rassemblée aux plaines d’Abraham.

Des victoires politiques refaçonnèrent le Québec et firent en 1977 de la Saint-Jean une Fête nationale du Québec, jour férié et chômé, avec ce que cela suppose de banalisation assagie.

En France, l’industrialisation et l’exode rural avaient de longue date éteint la plupart des feux de la Saint-Jean, réduits à un aimable folklore pour des villages en quête d’animation touristique. Quant à la dimension chrétienne du 24 juin, elle était devenue minoritaire, à l’instar du catholicisme pratiquant.

En 1982, le nouveau ministre de la Culture de la gauche au pouvoir, le sémillant Jack Lang, proposa d’instituer une fête de toutes les musiques, sans hiérarchie aucune entre genres musicaux, totalement gratuite et ouverte aux amateurs comme aux professionnels. « Que la musique soit partout et les concerts nulle part » selon le mot du directeur de la musique au ministère de la Culture. On retint la date du 21 juin, comme une sorte de retour aux sources. L’idée séduisit et d’année en année elle devint un événement culturel et populaire qui marque l’entrée dans la période estivale avec ses promesses de vacances et de loisirs. De française, la Fête de la musique est devenue mondiale, car adoptée par 135 pays, dont le Québec, même si elle tend à se confondre avec les festivités de la Fête nationale.

On est loin des feux de joie et des herbes magiques des origines. Subsiste néanmoins en ces 21 et 24 juin, le simple plaisir de se retrouver – si le déconfinement le permet! –  et de manifester un « vivre ensemble » possible en France, au Québec ou ailleurs. Et ce n’est pas la moindre des valeurs d’une fête.

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