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Circuit de fêtes païennes, religieuses et laïques | 2 février, la Chandeleur

| RUPTURES ET FILIATIONS | HISTOIRE-GÉOGRAPHIE |

| Par Jean Loignon |


Ce texte fait partie de RUPTURES ET FILIATIONS, la démarche exploratoire entreprise par Aujourd’hui Credo en vue de retracer les migrations des symboles, des valeurs et des attitudes associés aux religions à travers les lignes de fracture du monde actuel.


 

Après une carrière comme professeur d’histoire-géographie, Jean Loignon partage sa récente retraite entre la France – son pays – et le Québec. Membre très engagé de l’Église Protestante Unie de France, il s’est naturellement rapproché de l’Église Unie du Canada, version francophone, et s’est proposé comme correspondant pour la France de la Table des ministères en français. Venu tardivement à la foi chrétienne, et parce qu’il se souvient d’avoir été un incroyant ouvert et sans complexe, il se passionne pour la culture religieuse et ses multiples formes.

Au cours de la prochaine année, il nous offrira Circuit de fêtes païennes, religieuses et laïques, une série de textes historiquement documentés qui feront ressortir le parcours parfois étonnant des rites et des symboles associés à des fêtes datant souvent d’avant le christianisme et que nous célébrons encore aujourd’hui tantôt en France, tantôt au Québec et aussi dans d’autres régions du monde. Avec 2 février, la Chandeleur, entreprenons avec lui ces courts voyages dans le temps et entre les cultures.

 

Fragment de Le Faune (1923, domaine public) de Carlos Schwabe, fragment de Présentation de Jésus au Temple (1465, domaine public), d’Andrea Mantegna, et crêpes de la Chandeleur.

2 février, la Chandeleur

Ce jour, nombre de Français se régalent de crêpes; une coutume en voie de désuétude veut qu’on les fasse sauter en tenant d’une main la poêle, de l’autre, une pièce de monnaie. Si la crêpe se retourne correctement, l’argent coulera à flots au sein du foyer : c’est la fête de la Chandeleur, et c’est une fête chrétienne.

Mais quel rapport entre ce mets savoureux et la foi chrétienne? Et d’où vient ce nom de Chandeleur, évocateur de chandelles?

Pour répondre à ces questions, il nous faut plonger loin dans nos mémoires oubliées et dans les transformations voulues de très antiques coutumes.

Au commencement était l’Antiquité romaine, étendue à son empire européen, dont la Gaule. Le mois de février célébrait alors les Lupercales, en l’honneur du dieu Faune, appelé Pan en Grèce (d’où nous vient le terme panique). Des rites liés au loup et au bouc, des pratiques de flagellation étaient censées purifier les femmes et garantir leur fécondité. Cet héritage païen était populaire – sous une forme folklorique, il existe encore en République tchèque – mais il suscita la méfiance de l’Église christianisant les populations européennes. La figure des dieux Faune et Pan, représentés habituellement cornus et avec des pieds de chèvre, fut diabolisée.

L’Église conserva le moment festif, mais on y associa la figure de la Vierge Marie, soumise selon les Écritures (Luc 2,22-24) à un rituel de purification 40 jours après son accouchement. S’y ajouta la présentation de l’Enfant Jésus au Temple de Jérusalem (Luc 2,41-50), dont un symbole majeur était un candélabre à sept branches, que suggéreront des cierges et des chandelles.

Mais comment arrive-t-on aux crêpes? C’est que le mois de février est aussi celui des premières semailles, avec l’angoisse annuelle de la future récolte de céréales nourricières. Avec les dernières provisions de l’hiver, on confectionnait alors une offrande, ronde et dorée comme le soleil, annonciateur du printemps et du réveil de la nature…

Et c’est ainsi, qu’un délicieux dessert nous relie collectivement à un passé oublié ou incompris aujourd’hui, qui dit nos croyances et les méandres de leurs mutations. Alors, à vos poêles, et bon appétit!

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