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Cameroun : un appel au dialogue

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| Par Suzanne Grenier |

Devant la « crise anglophone » qui s’aggrave au Cameroun, les Églises entendent jouer un rôle unificateur dans ce pays d’Afrique centrale.

C’est le message qu’a tenu à communiquer Jean Us Tchinda, pasteur laïque et ancien de l’Église évangélique du Cameroun, lors d’une récente visite au Canada. Il y était accueilli par le pasteur Isaac Kamta, de la Mission protestante francophone de l’Église Unie à Toronto, qui réunit une importante communauté camerounaise.

 

L’Église évangélique du Cameroun est la plus grande Église protestante de l’Afrique subsaharienne. Elle rallie entre 2 et 3 millions de fidèles, et est très présente depuis des décennies dans la prestation de services publics, notamment en santé et en éducation. Vice-président chargé des œuvres de cette Église de 2009 à 2016, Jean Us Tchinda a parlé des conséquences catastrophiques du conflit devenu meurtrier et de l’absence d’une réponse gouvernementale adéquate. Il a aussi fait part des initiatives – largement interreligieuses – des Églises pour désamorcer les tensions.

 

Les premières manifestations de la crise actuelle remontent à 2016, alors que des enseignants et des avocats anglophones ont dénoncé la francisation des systèmes éducatifs et judiciaires. Rappelons que les divisions territoriales et linguistiques auxquelles s’articule le conflit sont un héritage colonial. Auparavant colonie de l’Allemagne, le territoire camerounais est placé sous la tutelle de la Société des Nations après la Première Guerre mondiale; une grande partie est alors confiée à l’administration de la France, mais les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest sont administrées par le Royaume-Uni. Dès l’accès à l’indépendance, en 1961, une République fédérale est constituée. En 1972, un référendum contesté par certains conduit à un État unitaire et met fin au fédéralisme. Aujourd’hui, concentrés dans les deux mêmes régions, 20 % des 23 millions d’habitants du Cameroun sont anglophones.

Les protestations contre la marginalisation des populations anglophones se sont affirmées. Le gouvernement centraliste est demeuré intraitable devant ceux qui réclamaient le retour au fédéralisme ou même – c’est la position générale des Églises – une décentralisation effective. Dans des régions fortement militarisées, sur fond de crise économique, l’indépendance de l’Ambazonie a été symboliquement proclamée en septembre 2017 par les séparatistes. La spirale de la répression armée et de la radicalisation avait été enclenchée – le banditisme entrant aussi en jeu. L’escalade a été rapide, atteignant une grande violence et menant à des déplacements majeurs de populations. L’organisation Human Rights Watch indique dans son rapport de 2019 que 420 civils ont été tués dans les régions anglophones par les forces gouvernementales et séparatistes armées, et que 437 500 civils dans ces mêmes régions ont été déplacés.

Vu la complexité de cette situation sociopolitique très chargée, la voie de sortie de crise la plus logique et nécessaire se révèle difficile à forger : elle passe par le dialogue. En septembre 2018, les leaders du Conseil des Églises protestantes du Cameroun – dont fait partie l’Église évangélique du Cameroun –, le Conseil supérieur islamique et la Conférence épiscopale nationale du Cameroun ont publié une déclaration commune pour dénoncer les violences et appeler les différents protagonistes à œuvrer pour le rétablissement de la paix. Cette déclaration demandait au gouvernement d’« initier et annoncer urgemment un plan national de résolution de cette crise en tenant en compte ses causes profondes et réelles, en vue d’une paix véritable », tout en l’invitant à punir les responsables – militaires ou civils – des violences. Précédemment, en mai et en juillet 2018, deux autres initiatives de rapprochement avaient été planifiées par des leaders chrétiens et musulmans, sous la forme de conférences générales, mais le gouvernement a exprimé son opposition à de telles rencontres et maintient sa vision très centraliste.

 

 

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