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13 000 pas avec la foule

Étienne LeSage

Présent à la marche aux chandelles du 24 mai à Washington, le pasteur de l’Église Unie Étienne LeSage témoigne de cette impressionnante convergence interconfessionnelle qui a fait évoluer sa vision du monde.

Environ 2 500 personnes, la plupart des leaders religieux, ont défilé le 24 mai jusqu’à la Maison Blanche, en faisant rayonner le message Love your neighbor. L’événement a fait la manchette aux États-Unis : l’évêque Michael Curry, superstar depuis son sermon livré quelques jours plus tôt au mariage de Meghan Markle et du prince Harry, était l’un des officiants du culte – célébré à la National City Christian Church – qui allait insuffler son esprit à la marche.

Étienne LeSage, pasteur de l’Église Unie à Hamilton1, en Ontario, y était. Ce qui l’a frappé, sur place, c’est tout le contraire du culte de la personnalité : « Une douzaine de leaders religieux ont animé la célébration, et tout le monde a parlé à parts égales. » Évêque président de l’Église épiscopale des États-Unis, Michael Curry est avec le pasteur Jim Wallis, de Sojourners, l’un des instigateurs de Reclaiming Jesus, le mouvement chrétien interconfessionnel réuni autour de la déclaration commune rendue publique au moment de la vigile. « Ils n’avaient pas gardé une place plus importante pour eux-mêmes dans le culte », souligne le pasteur canadien.

Pasteures et pasteurs devant la National City Community Church, lieu du culte et point de départ de la vigile du 24 mai à Washington : Takouhi Demirjian-Petro, Elgin-Portland United Church (Portland, Ont.), Darin MacKinnon, Spring Park United Church (Summerville, Î.-P.-É.), Alison Mock, St.Mark’s United Church (Dundas, Ont.), Étienne LeSage, Marshall Memorial United Church (Ancaster, Ont.), Annette Biggs, University Baptist Church (Bloomington, IN), Jill Turnbull, Westminster Presbyterian Church (Smiths Falls, Ont.) Source : Allison Mock

Église et politique

Mais qu’est-ce qui a mené Étienne LeSage à prendre part à cet événement dont on avait peu entendu parler au Canada? Chaque année, si possible, le pasteur se rend au Festival of Homiletics, organisé par le Séminaire luthérien de Minneapolis. C’est pour lui une occasion d’apprentissage et de ressourcement, car on peut y voir à l’œuvre les prédicateurs et les formateurs les plus connus des États-Unis et du Canada. Cette année, le festival avait lieu à Washington, et le thème était Preaching and Politics. C’est dans ce contexte qu’il a entendu parler de la marche.

« Certaines personnes sont chatouilleuses quand on parle de politique dans l’Église, reconnaît le francophone. Comment, en effet, le faire dans l’esprit de l’Évangile? Mêler la politique et la prédication, ça ne veut pas nécessairement dire qu’on doive toujours prendre position au sujet de candidats en particulier. Mais on ne peut pas prêcher l’Évangile, parler de justice sociale et de la vision que Dieu a pour nous si on évite le sujet de l’équilibre du pouvoir. »

C’est l’enjeu que soulève, en se référant aux Écritures, la déclaration A Confession of Faith in a Time of Crisis. Avec comme toile de fond les tensions sociales exacerbées par les interventions du président Trump, le mouvement Reclaiming Jesus fait converger diverses confessions et des positions politiques qu’on a déjà vues plus distantes, cela dans une optique résolument anti-oppression – le leadership inspiré par le Christ en est un de service et non de domination; nous ne formons qu’un seul corps, et il ne doit pas y avoir d’oppression fondée sur la race, le sexe, l’identité ou la classe.

Étienne LeSage a réalisé que lui-même avait peut-être jusque-là, sans le vouloir, une vision limitée : « Nous sommes très fiers du caractère inclusif et progressiste de l’Église Unie du Canada. J’ai toutefois constaté que d’autres confessions chrétiennes, même si elles sont un peu plus à droite que nous sur certains sujets, étaient là aussi pour dire : “Non, on n’utilise pas Jésus pour faire mal aux autres, pour faire avancer une politique de contrôle, de terreur, d’exclusion. On utilise Jésus pour être ensemble, d’une façon inspirante et libératrice.” »

Un effet d’élévation, une ouverture aux intersections

« Habituellement, je me tiens loin des manifestations, à cause de mon handicap, explique Étienne LeSage, qui éprouve certaines difficultés de mobilité. C’est risqué pour moi d’aller dans de grandes foules. Il faut que j’évalue mon énergie. Je ne veux pas tomber, me blesser. » Le pasteur a bien réfléchi, et s’est dit que l’objectif de la marche était trop important, et qu’il allait le faire. Il s’est à cette fin forcé à augmenter chaque jour sa moyenne de pas, car il savait qu’il allait devoir en faire 13 000 avec la foule. « D’habitude, des pas, j’en ai environ 2 500 à moi pour une journée. Mais nous nous sentions tellement élevés par la semaine que nous avions passée et par le culte avant la marche, que l’énergie, on en trouvait tous. Il y avait dans nos rangs des pasteurs qui ne sont pas nés au Canada ni aux États-Unis, qui au début avaient peur de participer. Mais le culte nous a à ce point soulevés que leurs craintes ont fondu. »

Le pasteur canadien se réjouit d’avoir eu l’occasion d’entendre à Washington, par exemple, des presbytériens blancs, des presbytériens noirs, des méthodistes noirs, des Africains, tous d’excellents prédicateurs qui selon lui amenaient chacun un angle différent. « J’ai eu beaucoup de conversations avec des pasteurs noirs. Je me disais que je voulais combattre le racisme, mais que je ne voulais pas, comme pasteur blanc, dire des choses qui allaient nuire. Des pasteurs noirs m’ont dit que, de mon côté, je pourrais peut-être les aider à arrêter de dire des niaiseries au sujet des handicaps et des habiletés différentes. J’ai aussi entendu des pasteurs hommes parler à des femmes, en leur manifestant leur volonté d’essayer de mieux comprendre. Nous nous sommes conscientisés par rapport au fait de pouvoir aider ceux qui ne partagent pas notre réalité, puisque nous formions un mouvement. »

On ne peut plus se permettre d’être apathiques

« Nous ne nous sommes pas levés le lendemain avec un Donald Trump faisant des excuses à tout le monde. Mais ce qui s’est passé nous a touchés et nous a transformés », nuance Étienne LeSage, qui a vite été rattrapé par la politique ontarienne à son retour. « Plusieurs personnes autour de moi semblent regretter de s’être réveillées dans un Ontario qui a élu M. Ford. L’Évangile nous montre toutefois qu’il y a inévitablement un genre de clash entre les pouvoirs. Jésus nous dit qu’il est justement là pour nous apprendre à utiliser notre pouvoir comme il faut. »

Étienne LeSage a bon espoir que les personnes qui n’ont pas voulu s’impliquer dans les élections vont commencer à se réveiller, un peu comme aux États-Unis. Il remarque que de plus en plus de gens essaient de discerner comment faire leur part pour changer les choses. « Il y a une recrudescence dans les petites communautés d’un intérêt à être plus présent pour son voisin et à essayer de comprendre son prochain », observe-t-il.

Le pasteur mise sur l’effet d’entraînement : « La marche a réussi à me donner des ailes dans mon ministère, en me rappelant que je ne représente pas seulement une confession religieuse, mais que je fais partie d’un mouvement pour Jésus. Aussi, je ne fais pas seulement partie du groupe qui a voté pour tel ou tel parti, mais d’un mouvement pour une société plus juste et plus aimante. »

Le Conseil général autrement

À la fin juillet aura lieu le 43e Conseil général de l’Église Unie du Canada. Étienne LeSage, qui y sera délégué, est heureux de constater qu’un nouveau mode de fonctionnement est prévu, afin d’accorder beaucoup plus de temps préalable aux décisions. Le pasteur estime que cela donnera à tous la chance de mieux comprendre l’ensemble des enjeux et les différents angles d’une situation. « C’est sûr que je possède très bien ma propre opinion, mais quels sont les angles que je ne vois pas? Ce que je viens de vivre va m’aider à être plus attentif aux points de vue différents des miens, sans pour autant renier qui je suis. L’idée, c’est de ne pas catégoriser trop facilement ceux qui ne pensent pas comme soi. Cela va changer ma façon de voter, probablement. »

— Suzanne Grenier, pour Aujourd’hui Credo

  1. Rattaché depuis 2015 à la paroisse Stoney Creek United Church, Étienne LeSage entreprend ce mois-ci un nouveau ministère à la paroisse Marshall Memorial United Church, également à Hamilton.

 

À voir et à entendre (en anglais) :

Une réponse à

  1. Chantal Grenier says:

    Article très inspirant qui donne des ailes!

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