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11 septembre, la memoria no muere

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| Par Suzanne Grenier |

Quarante-cinq ans après le coup d’État qui a délogé le gouvernement démocratiquement élu de Salvador Allende au Chili, la mémoire ne meurt pas.

 

Le 11 septembre 2018, à Montréal, manifestation de commémoration du coup d’État de 1973 au Chili.

 

Accompagnée de plusieurs membres de la communauté de Camino de Emaús, la pasteure Rosa Elena Donoso Cruz s’est rendue mardi soir au pied de l’Arbre de la mémoire, au parc Jeanne-Mance, où avait lieu une manifestation de commémoration du 11 septembre 1973 – cette journée qui allait bouleverser pendant plusieurs générations la vie politique et personnelle de la population chilienne.

L’Arbre de la mémoire a été planté en 1998 par la Ville de Montréal, à l’instigation du Centro cultural Araucaria, pour garder présent le souvenir des milliers de personnes mortes ou disparues sous le joug de la dictature. En 2018, l’Arbre de la mémoire renvoie en outre aux générations qui se sont succédé, aux personnes qui sont reparties au Chili et à celles dont la vie s’est achevée en exil.

Parmi les noms des compañeros et compañeras dont le souvenir a été ravivé durant la soirée, un en particulier a ému Helga Ovando. Elle compte d’ailleurs envoyer à sa mère, retournée au Chili, l’enregistrement de ce moment de la soirée où son père, Jorge Ovando, fonctionnaire sous le gouvernement Allende, a été évoqué.

 

Même 45 ans plus tard, le 11 septembre demeure douloureusement gravé, comme un moment où la vie a basculé. Un nombre massif de personnes ont dû entrer dans la clandestinité, s’exiler. « Il fallait apprendre à marcher, à manger différemment, à parler une langue différente aussi », se rappelle la pasteure. « J’ai été un peu chanceuse et très bénie, parce que j’ai été bien accueillie par des amis québécois, surtout des prêtres et des religieuses catholiques que j’ai connus au Chili. Ce n’était pas facile, mais eux m’ont donné pas mal de force pour faire face à l’hiver, à la langue, à tous les changements. »

Tout comme Rosa et des milliers d’autres, Helga a refait sa vie au Québec. La communauté de base de Camino de Emaús est devenue pour elle à la fois un milieu d’appartenance et une voie par laquelle s’engager dans la collectivité. Sur tous les plans, il est toutefois impensable pour elle d’oublier : « Si on oublie, ça peut se répéter. On ne veut pas oublier. On ne veut pas que cette situation où il y a tellement de douleur, d’injustice, de barbarie soit oubliée. Jusqu’au moment où il y aura une vraie justice, on ne peut pas oublier. »

Le collectif No a la impunidad était aussi présent à la vigile. Ce groupe réclame que les libertés conditionnelles ou les peines réduites accordées par les tribunaux du Chili à des individus condamnés pour des crimes graves contre l’humanité durant la dictature dirigée par Augusto Pinochet entre 1973 et 1990 soient annulées, et que justice soit faite.

 

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